Crowdfunding, financement par foule, financement participatif, P2P venture… ces termes, difficiles d’accès aux non initiés, fleurissent à longueur d’articles de blogs et médias spécialisés.

Que recouvrent ces notions, qui fleurent bon la finance citoyenne ? De nombreux articles sur le web relatent et expliquent ce phénomène.

Sur MTI Review nous vous proposons de découvrir, en 3 parties, un état des lieux actualisé et complet de ce concept à haut potentiel…

 

Crowdfunding, de quoi parle-t-on ?

Plusieurs auteurs académiques ont déjà tenté de définir le concept (Mollick, 2012 et Schwienbacher & Larralde, 2010). Le crowdfunding étant composé d’acteurs (entreprises ou associations) qui utilisent internet pour récolter des montants financiers auprès d’un nombre relativement élevé d’acteurs (au moins plusieurs dizaines) pour les investir suivant leurs choix et aspirations dans des projets demandant à être financés (entreprises, projets associatifs, projets humanitaires, projets culturels, etc). Ces financements peuvent être réalisés sous forme d’apport en capital, de prêts, ou de dons.

 

Le crowdfunding, c’est combien ?

Avec 452 plateformes actives de crowdfunding de par le monde en avril 2012 (estimation pour décembre 2012 à 536 plateformes), le financement participatif est significatif.

En France, 28 plateformes de crowdfunding sont recensées (mai 2012).

Pour la France, les montants investis en 2011 se sont portés à environ 4M€, portant à 6M€ le montant investi par ces acteurs depuis 2010.

Au niveau mondial pour 2012, la croissance de 91% des montants redistribués via les plateformes de crowdfunding devrait se répartir par 300% de croissance pour les plateformes basées sur les récompenses et l’investissement en capital, 75% de croissance pour les plateformes permettant des prêts, et 50% pour celles spécialisées sur les donations.

 

Toutefois, il convient de rappeler que ces montants sont, en valeur absolue, très faibles. Pour le monde, ils ne représentent que 2.73% des montants investis par le venture capital mondial (qui lui ne finance que de jeunes entreprises). Pour la France, la situation est encore plus impressionnante : le crowdfunding dans son ensemble, projets non entrepreneuriaux compris, ne représente que 0.7% du capital-risque (et 0.13% du capital-investissement hors LBO).

 

Quels modes d’intervention ?

Collecter l’argent en crowdfunding peut être réalisé de différentes manières dans le petit monde du crowdfunding. Ainsi 4 types de formes de financement coexistent aujourd’hui :

 

- les plateformes basées sur les investissements en capital. Ces sites permettent aux internautes intéressés d’investir au capital d’entreprises en démarrage. Ainsi ils deviennent, le plus souvent via une syndication gérée par la plateforme, actionnaires de la start-up. Cette formule impose aux acteurs en place d’avoir une grande confiance dans le projet, mais aussi dans le site de crowdfunding, car la gestion administrative et financière d’un ensemble de micro business-angels requière de réelles compétences. Cette logique d’investissement se rapproche de celle des business-angels classiques, car les investisseurs-internautes vont mener leurs propres analyses (documents mis à disposition), dialoguer avec l’entrepreneur via les outils disponibles sur la plateforme (souvent chat en ligne) et mener une réflexion sur la solidité de l’entreprise et son potentiel de développement ;

- les plateformes basées sur les prêts. Egalement positionnées sur le financement de jeunes entreprises en mal de fonds pour se créer/développer, ces plateformes proposent aux internautes-investisseurs de prêter de l’argent aux entreprises demandeuses. Cette formule, plus répandue que celle du financement en capital, promet à la « foule » un taux de rentabilité préalablement défini, à l’instar de la plupart des produits bancaires à taux fixe ;

- les plateformes basées sur les donations sociales et philanthropiquesSocial-based, ces acteurs permettent aux demandeurs de recevoir des dons en échange d’une profonde reconnaissance. L’objet social des investissements (financement de projets dans les Pays les Moins Avancés, financement d’associations caritatives en Occident, etc) permet une telle générosité. Quelques projets réussissent à bénéficier des donations des internautes, sans pour autant avoir un fort impact social. Dans ces cas-là, les projets sont souvent d’intérêt général : l’exemple le plus connu (mais qui n’est pas passé par une plateforme de crowdfunding) est celui de Wikipédia, qui depuis ses débuts se finance grâce aux dons des internautes ;

- les plateformes basées sur les donations en échange de récompenses. Représentant une part significative des plateformes de crowdfunding (43%), ces plateformes proposent à des internautes de financer via des dons des projets d’entreprises ou créatifs en échange de récompenses (awards). Ces récompenses peuvent être très différentes : accès au tournage, making-of, t-shirt logotypé, nom au générique, rôle dans un film, production reçue en avant première, possibilité d’influer sur les choix de design, réductions ultérieures, pré-achat du produit, etc. Dans ce cas-là, les financiers deviennent également des early customers, avec une véritable fonction de consommation, conseil et aide à la notoriété (Mollick, 2012).

 

D’un point de vue quantitatif aux USA, les plateformes basées sur les récompenses sont les plus nombreuses (62, soit 43% aux Etats-Unis). Mais c’est la catégorie des plateformes basées sur l’investissement en capital qui connait la plus forte croissance année après année (144%, avec aujourd’hui 21 organisations américaines).

 

Facteurs de réussite des campagnes et impact des pairs

Les évaluations faites sur un grand nombre d’opérations menées à termes montrent que :

- les plateformes basées sur l’investissement en capital et en prêts rémunérés sont les plus efficaces pour le financement de biens digitaux : logiciels, films, musique ;

- les plateformes basées sur les donations gratuites et donations contre récompenses sont les plus efficaces pour le financement de projets liés aux passions des internautes (fort contenu émotionnel et proximité passionnelle).

Ward et Ramachandran (2010) analysent de leur côté l’effet des pairs internautes-investisseurs sur le succès des campagnes du site sellaband.com. Cela est permis grâce à 3 indicateurs (nombre de commentaires, nombre de mises à jour du projet, présence dans le top 5 des projets les plus populaires). Même si la méthode et les indicateurs sont discutables, les résultats méritent attention, car ils mettent en avant que les investisseurs en ligne sont davantage influencés par les données issues d’agrégations (présence dans le top 5 et nombre de mises à jour issues de commentaires) que de celles issues d’informations disparates (commentaires d’autres investisseurs).

Ils mettent par ailleurs en avant un fait bien connu sur le nombre de marchés, notamment sur le web : la loi de Zipf (loi mathématique). Ou une version moins extrême que le first/winner takes all effect. Car le fait qu’une campagne de financement apparaisse dans le top 5 des collectes les plus populaires – effet résultant déjà d’un relatif succès – renforce encore largement son attractivité auprès des autres investisseurs en ligne. Et crée un décalage croissant avec les projets ne bénéficiant pas de cette visibilité.

 

 

 

 

 

Sources et bibliographie :

Belleflamme, P., Lambert, T., Schwienbacher, A. (2011), “Crowdfunding: Tapping the Right Crowd”, working paper SSRN Electronic Journal

Brabham D.C. (2008), “Crowdsourcing as a Model for Problem Solving: An Introduction and Cases”, Convergence: The International Journal of Research into New Media Technologies

Mollick, E. (2012), “The Dynamics of Crowdfunding: Determinants of Success and Failure”, Wharton working paper

Schwienbacher, A., & Larralde, B. (2010), “Crowdfunding for small entrepreneurial ventures”, SSRN Electronic Journal

Ward, C., Ramachandran, V. (2010), “Crowdfunding the next hit: Microfunding online experience goods”, working paper University of Utah

Weyl, E. (2010), “A Price Theory of Multi-Sided Platforms », American Economic Review

Association FinPart, (2012), Livre Blanc Finance Participative : Plaidoyer et propositions pour un nouveau cadre réglementaire, Paris

Crowdfunding Professional Association / Massolution, crowdsourcing.org, (2012, May), Crowdfunding Industry Report: market trends, composition and crowdfunding platform, California

Dehorter, N., (2012), “Le guide du crowdfunding”, Paris

TheCityUK, (2012, July), Financial Market Series: Private Equity, London

 

Oubrier, A. (2012, le 31 mai), « La finance participative s’organise pour vivre », L’AGEFI Hebd, http://www.agefi.fr/articles/la-finance-participative-s-organise-pour-vivre-1225296.html

Schlüter, A. (traduction Malaret, C.), « Le crowdfuding en Europe : emporté par la foule », Café Babel, http://www.cafebabel.fr/article/42997/crowdfunding-en-europe-emporte-par-la-foule.html

Levesque, R., (2012, le 6 juin), « Le top des sites de crowdfunding en France », SFR, http://www.sfr.com/nos-engagements/faisons-du-numerique-une-chance-le-blog/06062012-1046-le-top-des-sites-de

Jourdan, S., (2012, le 26 avril), « Pourquoi la finance collaborative peine à des développer en France ? », Ouishare, http://ouishare.net/fr/2012/04/finance-collaborative-france/

Crowdfunding France, (site consulté en décembre 2012), http://www.crowdfundingfrance.org/

Crowdsourcing.org, (site consulté en décembre 2012 et janvier 2013), http://www.crowdsourcing.org/

Jourdan, S., (2012, le 25 septembre), « Kicstarter n’est pas un magasin – et c’est tant mieux », Ouishare, http://ouishare.net/fr/2012/09/kickstarter-nest-pas-un-magasin/

Le Labs Hadopi, (2011, le 13 octobre), « Le crowdfunding : entre mécénat et financement collectif, un nouveau modèle pour la production culturelle ? », http://labs.hadopi.fr/actualites/le-crowdfunding-entre-mecenat-et-financement-collectif-un-nouveau-modele-pour-la#_ftn7