Kickstarter, une domination… avec partage

Kickstarter est l’acteur dominant au niveau mondial. Depuis sa création en 2009, le leader a investi 220M$ dans 60 000 projets différents, et gagnant en 2011 plus de 6M$ de commissions. Les catégories d’investissements sont largement centrées sur le culturel (films, musique, jeux vidéo, théâtre, etc), bien que quelques projets entrepreneuriaux et solidaires y soient présentés. La force de frappe est telle que Kickstarter a permis à certains projets de collecter largement plus d’un million de dollars : Pebble avec 10.2M$, Ouya avec 8.5M$, ou encore Project Eternity avec 3.9M$.

Son modèle d’affaires est proche de celui des autres plateformes de crowdfunding : Kickstarter prélève une commission de 5% sur les montants collectés. L’entreprise ne rentre pas au capital ni ne se finance sur les succès futurs des projets financés, mais encaisse dès la campagne clôturée. A sa commission s’ajoute également celle d’Amazon Payment, le système de gestion financière et monétique choisi pour stocker et reverser l’argent, qui s’élève entre 3 et 5%.

Mollick (2012) a dans son papier travaillé sur un large échantillon de campagnes menées sur le site kickstarter.com. Il estime qu’environ 40 à 50% des projets réussissent à lever l’argent demandé. Il donne également d’intéressantes statistiques de pourcentage de montants levés, tout en montrant l’important écart entre le montant moyen des projets échoués et celui des projets à succès (900$ vs 7 825$).

Il souligne également l’effet boule de neige que connaissent les projets à succès. Les projets qui plaisent attirent un nombre relativement important de backers habitués du site, qui vont ensuite largement relayer l’information et le projet, ramenant ainsi de nouveaux investisseurs qui à leur tour iront « recruter » de nouveaux financeurs…

Parmi les facteurs de succès des campagnes, Mollick insiste tout particulièrement sur le fait que de longues durées de campagnes et des objectifs de levées très élevés sont des facteurs impactant négativement la probabilité de succès de la campagne. Il partage également le fait que plus le réseau du porteur est large (ici calculé grâce au nombre d’amis Facebook) et plus les signes de qualité du projet sont visibles (vidéo de présentation, qualité des descriptions), plus les chances de succès seront élevées.

Kickstarter domine la galaxie des plateformes de crowdfunding. Toutefois, il ne s’agit pas d’une écrasante figure tutélaire. En effet, nous constatons que son succès est avant tout nord-américain, mais que même sur cette aire géographique, de nombreux autres acteurs, plus spécialisés ou très généralistes, se développent bien. Indiegogo, son grand rival nord-américain, l’égale d’ailleurs presque, avec 200M$ collectés depuis 2008.

 

 

Plusieurs modèles de revenus en compétition

Il y a peu de modèles de revenus différents concernant les plateformes de crowdfunding. Toutefois, on constate quelques différences. Voici donc les différentes sources de revenus actuellement existantes :

- la plupart des sites de crowdfunding prélève une commission sur les fonds levés/investis ainsi que des frais de transaction. Dans la plupart des cas, la commission pour le site de crowdfunding (et souvent son unique source de chiffre d’affaires) s’élève à 5% des montants récoltés, à laquelle s’ajoute des frais transactionnels (bancaires, Paypal, Amazon Payment et autres) autour de 3-4%. L’étude Crowdfunding Industry Report rapporte que les commissions prélevées s’établissent entre 2 et 25% des fonds récoltés, avec une moyenne de 7% (toutes commissions confondues) aux USA, contre 8% dans le reste du monde (Europe principalement), mettant ainsi en avant la pression concurrentielle plus importante aux Etats-Unis, tirant les prix vers le bas. Les niveaux de commissions ne semblent pas se corréler, au niveau statistique, avec certains types de plateformes ;

- une minorité de plateformes de crowdfunding (12%) prélève sur les dépositaires de projets une commission fixe, que l’argent soit récolté ou non. Situé en moyenne aux alentours de 15$ par campagne, ce prélèvement semble toutefois être avant tout une pratique nord-américaine : l’analyse de notre propre échantillon français permet d’affirmer qu’à l’heure actuelle aucun acteur hexagonal du crowdfunding n’utilise cette pratique ;

vente de services (principalement consulting), dérivés de l’expertise sectorielle du site. Ainsi quand des acteurs ont acquis une véritable légitimité, notoriété et développé un savoir-faire particulier, ils vont parfois monétiser cette valeur via des prestations de conseil, accompagnement ou formation. C’est notamment le cas du site français Babyloan qui, ayant acquis un véritable savoir-faire dans l’accompagnement et la sélection d’Institutions de Micro Finance (IMF), vend désormais des prestations de conseil ;

- quelques plateformes tirent un revenu de la vente de solutions de paiement/gestion monétaire en marque blanche. En effet ayant pour certaines développé un outil de paiement en propre, la monétisation de la solution s’avère être une source de revenu ;

- la production et l’exploitation commerciale de certains artistes financés via le site. Modèle d’affaires dont MyMajorCompany est le principal utilisateur en France, il consiste à produire commercialement un artiste lorsque celui-ci a atteint un certain niveau de financement des internautes. Ainsi la production de l’album (ou plus rarement, du film) est financée par les internautes, la plateforme de crowdfunding devient le label et producteur de l’artiste, et l’accompagne dans ses démarches et développements artistiques et commerciaux (relations avec les studios, packaging, radios, TV, etc). Les éventuels bénéfices sont ensuite partagés entre le site, les internautes et l’artiste (dans le cas de MyMajorCompany : site 50%, artiste 20%, internautes 30%).

 

 

 

 

Sources et bibliographie :

Belleflamme, P., Lambert, T., Schwienbacher, A. (2011), “Crowdfunding: Tapping the Right Crowd”, working paper SSRN Electronic Journal

 Brabham D.C. (2008), “Crowdsourcing as a Model for Problem Solving: An Introduction and Cases”, Convergence: The International Journal of Research into New Media Technologies

Mollick, E. (2012), “The Dynamics of Crowdfunding: Determinants of Success and Failure”, Wharton working paper

Schwienbacher, A., & Larralde, B. (2010), “Crowdfunding for small entrepreneurial ventures”, SSRN Electronic Journal

 Ward, C., Ramachandran, V. (2010), “Crowdfunding the next hit: Microfunding online experience goods”, working paper University of Utah

Weyl, E. (2010), “A Price Theory of Multi-Sided Platforms », American Economic Review

Association FinPart, (2012), Livre Blanc Finance Participative : Plaidoyer et propositions pour un nouveau cadre réglementaire, Paris

Crowdfunding Professional Association / Massolution, crowdsourcing.org, (2012, May), Crowdfunding Industry Report: market trends, composition and crowdfunding platform, California

Dehorter, N., (2012), “Le guide du crowdfunding”, Paris

TheCityUK, (2012, July), Financial Market Series: Private Equity, London

 

Oubrier, A. (2012, le 31 mai), « La finance participative s’organise pour vivre », L’AGEFI Hebd, http://www.agefi.fr/articles/la-finance-participative-s-organise-pour-vivre-1225296.html

 Schlüter, A. (traduction Malaret, C.), « Le crowdfuding en Europe : emporté par la foule », Café Babel, http://www.cafebabel.fr/article/42997/crowdfunding-en-europe-emporte-par-la-foule.html

 Levesque, R., (2012, le 6 juin), « Le top des sites de crowdfunding en France », SFR, http://www.sfr.com/nos-engagements/faisons-du-numerique-une-chance-le-blog/06062012-1046-le-top-des-sites-de

 Jourdan, S., (2012, le 26 avril), « Pourquoi la finance collaborative peine à des développer en France ? », Ouishare, http://ouishare.net/fr/2012/04/finance-collaborative-france/

 Crowdfunding France, (site consulté en décembre 2012), http://www.crowdfundingfrance.org/

Crowdsourcing.org, (site consulté en décembre 2012 et janvier 2013), http://www.crowdsourcing.org/

 Jourdan, S., (2012, le 25 septembre), « Kicstarter n’est pas un magasin – et c’est tant mieux », Ouishare, http://ouishare.net/fr/2012/09/kickstarter-nest-pas-un-magasin/

 Le Labs Hadopi, (2011, le 13 octobre), « Le crowdfunding : entre mécénat et financement collectif, un nouveau modèle pour la production culturelle ? », http://labs.hadopi.fr/actualites/le-crowdfunding-entre-mecenat-et-financement-collectif-un-nouveau-modele-pour-la#_ftn7