AngelList : un nouveau levier de financement pour les startups


RVB de base

Depuis les années 2000, le développement technologique et la démocratisation d’internet ont été accompagnés par une explosion du nombre de startups. Pourtant les mécanismes de financement proposés n’ont pas évolués pour s’adapter à ce besoin croissant en capitaux. Le déséquilibre entre offre et demande a renforcé la concurrence et donc accru la difficulté des startups à lever des fonds, passage pourtant quasi-obligatoire pour espérer se développer.

En lançant AngelList Navi Ravikant a cherché à faciliter l’accès aux business angels, qui financent 16 fois plus d’entreprises que les capitaux-risqueurs mais qui sont relativement difficile à atteindre si votre base de relations LinkedIn n’est pas très étoffée. AngelList a donc d’abord été créé en 2010 comme un réseau social entre startups et business angels.

Du réseau social à la plateforme de financement en equity – Le fonctionnement d’AngelList

En 2012, fort de ses premiers succès, Naval Ravikant a transformé son réseau social en une plateforme de financement entre business angels et startups.

RVB de basePour devenir business angel sur AngelList, une accréditation doit être obtenue auprès de l’Etat américain[1], en attestant posséder un revenu annuel ainsi qu’un patrimoine minimum (montants fixés par la Security And Exchange Comission – SEC). Les angels étrangers doivent également se conformer à ces règles américaines. AngelList propose d’ailleurs aux startups qui lèvent des fonds « offline » de vérifier l’identité de l’apporteur de fonds  en l’obligeant à s’inscrire sur AngelList (un moyen supplémentaire pour devenir incontournable sur le marché de la levée de fonds via business angels). Par ailleurs les business angels accrédités ne justifiant pas avoir effectué plusieurs investissements dans des startups, au cours de leur vie, voient leurs possibilités d’investissement restreintes sur AngelList, évitant les grosses déconvenues pour les investisseurs non aguerris[2].

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Concernant le segment des startups sur AngelList, toutes ne peuvent pas lever des fonds via la plateforme. Ce privilège est attribué en fonction des levées de fonds précédentes (minimum 100,000$)[3], la croissance de l’entreprise, l’identité des fondateurs, advisors ou précédents investisseurs, l’équipe dirigeante… Pour cela, une équipe d’analystes sélectionne à l’aide d’un algorithme, les startups qui peuvent prétendre au financement online. Si la startup est sélectionnée un bouton « invest » apparaît sur sa page quand celle-ci est consultée par un investisseur accrédité, qui peut voir le montant qu’une startup souhaite lever[4]. Il peut alors engager une mise minimum de 1000$[5]. A l’issue d’une phase de levée de fonds online, un partenaire d’AngelList mène alors la Due Dilligence et la procédure légale qu’elle facture 10,000$ à la startup.

Néanmoins, par soucis d’attractivité lors des prochains tours de financement, les business angels n’apparaissent pas à la table de capitalisation, mais viennent ensemble constituer un véhicule financier créé par le partenaire d’AngelList, SecondMarket. Le véhicule est la personne morale qui possède des parts dans la startup. Ainsi Ravikant explique que c’est le prix à payer pour avoir pu investir de si faible somme dans une startup (1000$) qui n’aurait pas voulu de vous en passant par le canal offline : « Investors who invest online should consider themselves to be passive investors »[6]« You may not have the same rights as other investors, including the right to invest in future financings or a board seat. »  .

 

La création des syndicats, un modèle alternatif au capital-risque ?

Ce premier service d’investissement en ligne a laissé apparaître une tendance intéressante : les petits investisseurs aiment suivre les choix d’investissements des business angel renommés.

Ravikant lance alors le concept du « syndicat » à la fin de l’été 2013, date à laquelle on recensait 100,000 startups sur la plateforme. Le syndicat est un dispositif permettant à un investisseur renommé pour ses bons placements de créer une structure proposant des projets d’investissements à l’ensemble des apporteurs de fonds qui auront accepté d’adhérer au syndicat.

Ainsi Tim Ferris a créé un syndicat proposant à ses « backers » de co-investir 10,000$ chaque fois qu’il souhaitera syndiquer l’un de ses investissements. Les backers peuvent alors décliner, ou bien effectuer une réservation d’investissement.

En cas de plus-value lors de la cession des parts (décidé par Tim Ferris, représentant du syndicat), le backer devra consentir à accorder un pourcentage de 25% sur la plus-value réalisée (variable selon les syndicats). 5% des sommes engagées servent à effectuer les procédures légales, AngelList n’empochant aucun bénéfice sur cette somme[7].

Le premier financement via un syndicat a été réalisé en septembre 2013[8] par Shyp auprès du syndicat de Tim Ferris, levant 750,000$. De nombreux autres investissements de ce type ont suivi.

Angel List

Juridiquement, un véhicule financier est là encore créé, et dirigé par une seule société spécialisée. Celle-ci prend les décisions (vote, exit, investissement…) en écoutant le « leader » du syndicat.

Il existe néanmoins bien une différence importante entre un syndicat sur AngelList et un fond de capital risque : pour chaque décision d’investissement, les backers peuvent utiliser leur libre-arbitre pour s’engager ou non dans l’opération proposée par le leader du syndicat. Dans un fond de capital risque, les investisseurs (souscripteurs) ne peuvent pas décider des investissements, ils ne reçoivent qu’un profit moyen des plus-values et moins-values effectuées effectuées par le fonds.

Ainsi ce mode d’investissement convient bien aux business angels qui apprécient avoir leur mot à dire lors d’une décision d’investissement, sans pour autant avoir à supporter le travail de recherche de la pépite, ni le risque trop important perçu lors d’un investissement en solitaire.

 

AngelList peut-il disrupter le marché du capital risque ?

Historiquement les VC ne financent que des levées de fonds supérieures à 1 million d’euros, ceci afin que les frais juridiques, de négociations et de due dilligence engagés, ne le soit pas pour de trop petites investissements. Cette stratégie entraîne ce que l’on appelle l’equity gap.

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L’equity gap correspond à l’absence d’acteurs pour financer les startups ayant des besoins en financement compris entre 200K€ et 1M€, aussi appelée phase d’amorçage. Sur ce créneau quelques acteurs tels que les fonds de Corporate Venture, quelques associations de Business Angels, ou des initiatives comme celles de The Family (notamment avec AIR) permettent des levées de fonds rapides et conséquentes. Mais il n’y en a pas pour tout le monde et certaines startups meurent après avoir desespérement tenté de séduire des VC.

Pourtant les startups « élues » n’ont pas toujours d’intérêts à recevoir à ce stade du développement des sommes aussi élevées pour se financer. Par ailleurs accepter une levée de fonds plus importante que nécessaire a un effet de dilution des actions (la valeur pré-monnaie ne gonflant pas du fait d’un investissement supérieur).

Grâce à l’investissement en ligne, AngelList permet de diminuer le coût d’une procédure d’investissement : en facilitant la détection des meilleurs projets via la plateforme, en sous-traitant donc en optimisant les procédures juridiques et de due diligence, ainsi qu’en diminuant le coût des ressources humaines puisque ce ne sont plus des employés qui réalisent l’opération pour des souscripteurs mais les business angels pour leur compte propre. En réduisant donc le coût fixe d’une procédure d’investissement, l’argent disponible peut-être distribué sur un plus grand nombre de projets en fonction du besoin de chacun, résolvant le problème de l’equity gap.

Par ailleurs les syndicats ont donc permis, en unifiant des business angels, la création d’acteurs capables d’investir des sommes entre 300K et 1M$. L’organisation traditionnelle des VC ne passant pas par un canal online, elle ne bénéficie pas de la réduction des coûts de contractualisation. Par ailleurs comme on l’a dit, une startup qui accepte plus que nécessaire lors d’une levée de fonds devra accepter une dilution plus forte, ne rendant pas forcément avantageux le passage par un VC pour lever des fonds. AngelList semble donc posséder un pouvoir de disruption très important pour les VC qui resteront sous le schéma traditionnel.

Plusieurs autres points peuvent être évoqués en faveur d’une montée en puissance rapide des syndicats d’AngelList face aux VC.

D’abord à la tête des syndicats on trouve des business angels très compétents, qui apportent un niveau d’expertise et un réseau de contacts supérieur à ce qu’apporte certains VC. Deuxièmement lorsqu’AngelList aura activé l’ensemble de sa base d’investisseurs inscrits sur sa plateforme (2 500 investisseurs actifs sur les 36 000 inscrits), la puissance d’investissements des syndicats pourrait être démultipliée. Ainsi rien n’empêchera alors un leader de syndicat qui a participé à l’amorçage de participer aux tours de table suivants en bénéficiant de sa proximité avec les porteurs de projets ou éventuellement de droits spécifiques négociés lors du premier investissement. On pourrait même se demander si AngelList en intervenant au coeur de l’equity gap (500K-1M€), ne va pas permettre à certains projets de sauter la tranche d’investissements des VC en passant directement aux offres du Capital Développement… si tel n’est pas le cas l’intervention des VC pourrait néanmoins être reculée.

Personne ne peut encore prédire le futur d’AngelList, mais on retiendra  que les syndicats constitue une solution puissante face au problème de l’equity gap, et ceci devrait lui permettre d’être plébiscité par les startups qui entretiennent une certaine défiance face  aux VC. Ces derniers devront donc s’adapter comme le résume simplement Navi Ravikant : « Like everything else, [angel] investing is going online. You can either be an early adopter or a late adopter.”

 

Illustrations : Nicolas Rolland


 

[1] Site Angel.co

[2] blog.angel.co

[3] angel.co/help/invest#terms

[4] blogs.wsj.com/venturecapital/2013/04/24/AngelList-commits-to-crowdfunding

[5] hbr.org/product/AngelList/an/814036-PDF-ENG

[6] hbr.org/product/AngelList/an/814036-PDF-ENG

[7] angel.co/help/investors#accredited

[8] businessweek.com/videos/2013-10-22/how-AngelList-is-shaking-up-startup-funding

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Julien BESNARD

Julien BESNARD

Julien souhaite convaincre petites et grandes entreprises que l’innovation est une problématique à part entière cruciale, nécessitant des compétences spécifiques sur le plan stratégique et organisationnel. Il est devenu un utilisateur aguerri des outils et méthodes popularisés par le mouvement Lean Startup. En phase de création d’entreprise, il est la personne en charge de la communication externe du Blog MTI Review. Contactez Julien : besnard_julien@hotmail.fr

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