Biotech : les nouveaux explorateurs de la santé


En 2010, 10 millions de personnes ont perdu la vie suite à un cancer. En 2030, 60 millions de personnes seront atteintes de la maladie d’Alzheimer… Des chiffres terribles qui montrent le besoin urgent de développer de nouvelles thérapies. Le 19 novembre 2013, le Leem, syndicat des industries de la santé, a organisé une conférence à la Gaîté Lyrique à Paris pour nous faire découvrir les innovations qui sauveront les malades de demain et surtout pour nous faire rencontrer les explorateurs qui développent ces traitements.

Biotech

Marc Peschanski, directeur scientifique d’I-Stem

Certains chercheurs comme le docteur Peschanski voient la maladie comme une véritable guerre. Le seul moyen de lutter : avoir des armes lourdes. Quoi de mieux que des cellules immortelles, capables de proliférer massivement et de façon illimitée pour s’attaquer aux 6000 maladies génétiques existantes ? On les appelle cellules souches embryonnaires et c’est l’arme qu’a choisi I-Stem pour combattre la maladie. Lorsqu’on stimule ces cellules de la bonne manière, elles sont capables de se différencier en n’importe quel type cellulaire, c’est à dire qu’une de ces cellules peut se transformer en n’importe quel organe de notre organisme. Les applications sont nombreuses mais la plus prometteuse est la guérison de la dégénérescence cellulaire. Grâce à l’implantation de ces cellules, on pourrait ainsi soigner de nombreuses maladies génétiques mais aussi des maladies plus répandues comme Parkinson. De plus, contrairement aux idées reçues, les cellules souches ne relèvent pas de la science fiction. Cette année, l’I-Stem débute un essai clinique sur une pathologie de la peau. Cependant, pour mener à bien cet essai et les suivants, l’I-Stem a besoin de l’industrie pharmaceutique et de ses financements massifs. Aujourd’hui financé par les dons du Téléthon, l’I-Stem et le Docteur Peschanski demandent aux industriels d’anticiper les progrès thérapeutiques que les cellules souches nous apporteront dans un futur proche et de soutenir cette entreprise spécialiste de la technologie.

cellules souches

Laurent Levy, PDG de Nanobiotix

Elles font débat mais pourtant elles nous entourent depuis plusieurs années et sont présentes dans nos produits du quotidien : dentifrices, pneus, papiers et bien d’autres. Les nanoparticules, 3000 fois plus petites que le diamètre d’un cheveu, sont même en train de révolutionner la médecine. On appelle cette nouvelle discipline la nanomédecine et l’entreprise Nanobiotix est un de ses chefs de file. Grâce à la technologie NanoXRay, l’entreprise est capable d’injecter des nanoparticules absorbants les rayons X dans les tumeurs des patients cancéreux. Résultat : lors de la radiothérapie, la dose de rayons X reçue par la tumeur est 9 fois plus importante ! Ce principe a déjà fonctionné sur le sarcome des tissus mous, de grosses tumeurs difficiles à extraire et pour lesquelles la radiothérapie n’est pas efficace. Grâce à NanoXRay, la tumeur perd du volume et le chirurgien peut l’extraire plus facilement du patient. A l’heure de la médecine personnalisée, Nanobiotix prend le contre pied et développe une thérapie complètement généralisable à tous les types de cancer. Néanmoins cette technologie intervient sur les tumeurs déjà développées alors qu’avec la médecine personnalisée ou les diagnostics précoces on pourra empêcher l’apparition de tumeurs.

nanoXRay

Serge Picaud, directeur de recherche à l’Institut de la vision

Rendre la vue aux aveugles, difficile à croire. Pourtant les technologies sont en cours de développement et un premier système, développé par l’entreprise Second Sight permet aux non-voyants de voir 60 pixels, assez pour leur permettre de lire mais pas pour différencier les visages. Ce système utilise une paire de lunettes munie d’une caméra et capable de transférer l’image dans une puce électronique branchée sur les neurones de l’œil du patient. L’Institut de la vision prend quant à lui un pari encore plus fou, l’optogénétique. Chez certaines bactéries ou algues, une protéine est capable de transformer la lumière en une activité électrique, ce mécanisme permet à ces microorganismes de reconnaitre leur environnement comme nous le faisons avec nos yeux. Chez beaucoup de patients non voyants ou perdant la vue, les photorécepteurs de l’œil ont disparu. Mais la structure de l’oeil est encore en fonction et il ne leur manque qu’une chose : transformer le signal lumineux en un signal électrique, comme le font les microorganismes. C’est cette approche qu’a choisi l’Institut. En introduisant le code génétique de la bactérie dans les photorécepteurs défectueux, la protéine sera capable de réciter la transformation du signal et ainsi rendre la vue aux patients. Ce procédé a déjà fonctionné chez des souris et sur des photorécepteurs humains post-mortem. Qui a dit que les bactéries étaient nos ennemies ?

Optogénétique

Martine Clozel, directrice scientifique d’Actelion

Les maladies rares touchent seulement 3 millions de personnes dans le monde mais pourtant il en existe plus de 7000. Les traitements sont eux aussi très rares puisque seulement 62 sont sur le marché actuellement. Le développement de ces produits est un véritable casse-tête puisque les patients sont peu nombreux donc les bénéfices pour les laboratoires sont faibles à première vue. Heureusement, des entrepreneurs ont osé franchir le pas. Après des études de médecine et des stages de recherche,  Martine Clozel rejoint l’entreprise Roche en 1987. L’industrie pharmaceutique lui permet de réunir ses deux passions et durant ces années dans l’entreprise, elle travaillera sur l’endothélium, la couche de cellules en contact avec le sang dans les vaisseaux sanguins. L’endothélium est un organe très actif qui produit de nombreuses molécules essentielles à notre organisme. Grâce à ses recherches, elle découvre le Bosentan, une molécule thérapeutique dérivée de l’endothéline, une protéine produite par l’endothélium. Martine Clozel décide alors de créer Actelion avec trois autres chercheurs pour développer ce médicament capable de soigner plusieurs maladies rares. Quinze ans plus tard, le médicament a traité 200 000 patients dans le monde. Aujourd’hui, Actelion développe de nouveaux traitements pour les maladies rares et montre que ce modèle économique est viable et pérenne.

Endothélium

Renaud Vaillant, PDG de Theravectys

35 millions de personnes sont séropositives dans le monde. Le seul traitement existant, la trithérapie, est très onéreux, provoque des effets secondaires sévères et est très contraignant au quotidien. De plus, ce traitement ne guérit pas le malade mais lui permet seulement d’allonger son espérance de vie. Lorsque Pasteur a développé le vaccin contre la rage, il a mis au point le premier vaccin thérapeutique, une injection capable de guérir le malade (contrairement aux vaccins préventifs qui empêchent de tomber malade).  Aujourd’hui, Theravectys développe le premier vaccin thérapeutique contre le VIH. Il y a quelques années, on a découvert que des personnes séropositives étaient capables de réguler eux même le virus du SIDA grâce à la réponse immunitaire cellulaire. La réponse immunitaire cellulaire permet à notre organisme d’éliminer les cellules infectées par des virus, c’est le complément des anticorps qui détruisent les pathogènes libres dans notre organisme. La cellule dendritique est la cellule formatrice du système immunitaire cellulaire, c’est elle qui apprend à notre organisme à se défendre. Alors, pour lutter contre le VIH, pourquoi ne pas apprendre à nos cellules à se défendre elles-mêmes comme chez ces patients « autorégulés » ? C’est le pari qu’a fait Theravectys et son arme principale n’est autre qu’un virus appelé lentivirus. L’obstacle majeur dans cette stratégie, c’est en effet de pouvoir atteindre les cellules dendritiques qui sont en très petit nombre. Le lentivirus est capable d’entrer directement dans  le noyau de ces cellules pour les activer contre le VIH. Pas d’inquiétude à avoir cependant, le lentivirus développé par Theravectys ne vous fera pas de mal, ses séquences pathogènes ont été supprimées. Pour le prouver, l’entreprise s’est lancée en 2012 dans des essais cliniques en France et en Belgique sur 36 patients. Cette phase permettra de prouver que le vaccin est actif dans notre organisme et n’entraîne pas d’effets secondaires importants. Avant d’entamer des phases à grande échelle et de mettre son vaccin sur le marché, Theravectys ne préconise qu’une solution : sortir couvert.

Theravectys

Ces entrepreneurs et chercheurs ne sont que la face immergée de l’iceberg. Le vivier français compte aujourd’hui 388 entreprises de biotechnologies, soutenues par des pôles de compétitivité et par des initiatives publics partout en France. Demain, 80% de la solution thérapeutique non couverte sera apportée par les biotechnologies. Ce domaine ne se contente pas de révolutionner notre santé puisque de nombreuses innovations dans l’énergie, l’agronomie et la cosmétique sont issues des biotechnologies.

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