Brainstorming vs Brainswarming : Faites fourmiller vos idées !


Le brainstorming, technique de créativité bien connue, promet de générer de très nombreuses idées à partir d’un groupe de collaborateurs. Cependant de nombreuses études remettent cette promesse en question. En effet, il semblerait que la créativité d’un groupe de brainstorming ne soit pas meilleure que celle d’un nombre équivalent d’individus travaillant individuellement, tant au niveau de la quantité que de l’originalité des idées produites.

Pour éviter les écueils du brainstorming, d’autres méthodes de créativité de groupe existent, le brainswarming présenté dans cet article est l’une d’elles.

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Le Brainstorming

Conçu par le publicitaire Alex Osborne dans les années 40, le brainstorming est décrit dans l’ouvrage “Your Creative Power” publié en 1948. Organisée autour d’un animateur, cette méthode de résolution de problème est basée sur 4 règles fondamentales :

  • Critique interdite
  • Quantité exigée
  • Idées farfelues admises
  • Démultiplication, rebondir sur les idées des autres

Ces règles proviennent de deux postulats provenant de nos idées reçues. Premièrement, l’interdiction de la critique devrait libérer les esprits et mener à la production d’une grande quantité d’idées originales puisque la peur du jugement est abolie. Deuxièmement, deux cerveaux valent mieux qu’un, le potentiel de co-création d’un groupe devrait améliorer la qualité et la complexité des idées produites.

Malheureusement ces postulats d’origine se révèlent inexacts ce qui sape les fondations théoriques du brainstorming et explique l’inefficacité de cette méthode [1, 2 et 3]. Le brainstorming ne prend pas en compte la variété des personnalités de l’équipe créative, les extravertis domineront toujours les temps de paroles et apporteront la majorité des idées. Les introvertis et leurs solutions sont constamment exclus des processus créatifs. D’autre part c’est un processus très inefficace, qui génère une grande perte de temps puisque le partage des idées se fait à l’oral, un participant après l’autre.

Une méthode de créativité de groupe permettant l’expression réelle de tous types de personnalité sans passage immédiat par une phase orale est donc plus appropriée. Le brainswarming s’inscrit dans cette démarche.

Le Brainswarming

Le brainswarming a été présenté en 2014 dans la Harvard Business Review [4] par Tony McCaffrey, docteur en psychologie cognitive. Swarm signifie colonie d’insecte en anglais. A l’image des fourmis et autres insectes sociaux qui collaborent en s’indiquant le chemin à suivre vers des ressources d’intérêts, le brainswarming propose aux participants d’indiquer à leurs semblables les chemins à suivre pour résoudre le problème adressé.

« Pourquoi commencer par parler ? » Pour plus d’efficacité le brainswarming commence par une phase écrite individuelle. Cette phase suit une structure bien précise : sur une feuille l’objectif ou le problème à résoudre est indiqué en haut et les ressources disponibles sont indiquées en bas (voir le schéma ci-dessous). Chacun de leur côté, les participants sont invités à compléter le schéma, en affinant les objectifs en haut ou en analysant l’utilisation des ressources et en ajoutant des ressources en bas. Le but est de proposer des interactions entre les objectifs et les ressources. Chaque interaction représente une solution. A l’issue de la phase écrite les solutions sont comparées, discutées et sélectionnées. Un cas d’application est présenté dans la vidéo à la fin de l’article.

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Représentation de la phase écrite du brainswarming

Le brainswarming est donc une méthode de créativité collective intéressante puisqu’elle permet une redéfinition de l’objectif initial, une expansion de la base des ressources et elle détaille des actions spécifiques pour atteindre l’objectif. Cette méthode rapide permet de valoriser les idées de l’ensemble des participants grâce à l’étape écrite initiale.

Cependant il faut noter que la dimension écrite n’est pas propre au brainswarming. On la retrouve dans la méthode du “brainwriting 6-3-5” ou dans certaines forme de brainstorming.  Par exemple certaines séances de brainstorming comprennent une phase écrite durant laquelle les participants notent leurs idées sur des post-it. Les post-it sont ensuite regroupés et organisés sous forme de carte heuristique (ou mind-mapping). Ce type de représentation se rapproche des interactions objectifs-ressources du brainswarming.


Références :

[1] : Taylor et al., 1958. Does Group Participation When Using Brainstorming Facilitate or Inhibit Active Thinking. Administrative Science Quarterly, Vol. 3, No. 1.

[2] : Gurman et al., 1968. Creativity as a Function of Orientation and Group Participation. Psychological reports.

[3] : Stroebe & Diehl, 1994. Why Groups are less Effective than their Members: On Productivity Losses in Idea-generating Groups . European Review of Social Psychology, Vol. 5, No. 5.

[4] : McCaffrey, 2014. Brainswarming: Because Brainstorming Doesn’t Work. Harvard Business Review

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Jean-Baptiste Briand

Jean-Baptiste Briand

Docteur en biologie passionné de sciences et de nouvelles technologies, je m’intéresse aussi aux techniques de créativité collective et de conception innovante.

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