Clés de l’innovation : la conception


Parfois la conception innovante ressemble à une démarche aveuglée : embarquer dans un voyage sans connaître la destination finale ni la trajectoire qui apportera des résultats bénéfiques. À défaut, le processus met chaque collaborateur sur un pied d’égalité car personne ne sait mieux qu’une autre la quantité ni la qualité des débouchés de l’exploration. En revanche, l’exercice de conception peut être aiguillé pour rester relativement proche aux « frontières » du savoir-faire de l’entreprise. Savoir pousser son équipe au delà des effets de fixation permet la découverte productive, en mettant en question l’identité de l’objet.

L’identité de l’objet

Un objet comporte de nombreux attributs, qui comprennent des caractéristiques physiques et intrinsèques, ainsi que son environnement. Bien que chaque objet soit unique, les méthodes de conception classiques favorisent une identité d’objet bien précisée et apporte des innovations incrémentales qui ne modifient guère sa forme ni ses usages. Chez Airbus par exemple, un projet autour de « l’avion de demain » ne remettrait probablement pas en question la forme d’un avion (un fuselage et deux ailes avec réacteurs) ni son business modèle fondé sur les ventes aux lignes aériennes. Faire autrement serait considéré comme une stratégie trop ambitieuse. En revanche, la compétitivité exige des avancées et innovations en permanence.

L’enjeu est paradoxal dans l’innovation classique : encourager de nouvelles idées et concepts, mais rester dans le cadre existant. « Penser différemment » est devenu un cri de rassemblement des managers et consultants pour susciter l’inattendu et la créativité chez leurs salariés. Dans le même temps, ils établissent un cahier des charges qui donne l’effet inverse : ces contraintes les incitent à chercher dans leurs connaissances existantes pour réussir. Cette méthode n’est pas sans succès : les gains de performance pendant plus de 30 ans dans les microprocesseurs exemplifient les vertus d’un processus de conception classique sans changer sa forme ni son fonction de base. Pour trouver l’inconnu, il faut chercher à abolir l’identité attachée à un objet par l’exploration expansive.

Le sac qui s’étend

Quitter les sentiers familiers pour aller à la découverte implique toutefois une grande discipline. La conception innovante ne choisit pas son terminus à l’avance, mais on doit toujours indiquer un point de départ qui soit connu : prenons l’exemple d’un sac. L’enjeux est ensuite de coupler un attribut « étranger » à l’identité classique du sac qui déboussole les idées traditionnelles et suscite l’exploration. « Un sac qui s’étend » permet une analyse expansive ; « un sac en plastique » est restrictif car les deux paramètres évoquent le jumelage de deux concepts bien connus.

Dans l’exercice, on considère au départ l’identité classique. Un sac est normalement un récipient souple caractérisé par son ouverture en haut. En se concentrant sur ses usages, le transport d’affaires diverses, on pourrait concevoir d’autres mécanismes pour déplacer des objets d’une taille et un poids variables.

Un sac qui s'étend.

Un sac n’est pas toujours ce qu’on imagine dans la conception innovante. Savoir forcer l’expansion des idées déjà reçues sur l’identité d’un objet permet la découverte d’un nouvel objet.

D’autres branches de l’arbre pourrait inclure une poche faite d’une matière ultra-élastique, un service de livraison, ou même la téléportation des objets. Évidemment certains concepts ci-dessus sont actuellement impossibles, existent déjà, ou ne paraissent pas rentables. En revanche, chaque concept permet une exploration plus poussée pour découvrir d’autres idées et enfin un concept exploitable.

À la recherche de l’inconnu

Cette exercice d’exploration produit de nombreux concepts dont quelques uns seront propices à la recherche et à l’exploitation. Chaque piste d’exploration forme une branche sur un arbre, reliée à un tronc commun ou concept de base. Les concepteurs cherchent à forcer l’exploration de ces branches jusqu’au bout pour maximiser le potentiel de tomber sur la bonne idée.

Les fruits de la conception innovante se mesurent différemment que l’innovation classique car il n’y a aucun cahier des charges au départ. À la place d’une évaluation traditionnelle des coûts et des caractéristiques, on considère la variété, la valeur, l’originalité et la robustesse des concepts. Les branches du « sac qui s’étend » suggérées ci-dessus sont peu variées ; elles se concentrent toutes autour le transport des objets, un flagrant indicateur d’une fixation conceptuelle sur l’usage final d’un sac. Pour enrichir l’exploration, on pourrait imaginer un accessoire porté à la main (notion de sac) qui parle et raconte les sentiments de son propriétaire (notion de s’étendre). La conception collaborative permet la réalisation d’un arbre très vaste.

L’innovation ne peut pas se contenter simplement de la génération des concepts. Une fois réalisée, la conception innovante exige l’identification des connaissances requises pour mettre en œuvre des idées novatrices et peu évidantes. En forçant la réflexion expansive, on sort de la structure organisationnelle de l’entreprise. Pour que l’innovation prenne vie, il faut rapidement regrouper les connaissances nécessaires autour d’un concept et l’exécuter.

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