Compte-rendu de la conférence « L’innovation, de la sphère universitaire au monde économique », organisée par ULAB le 4 décembre à Mines ParisTech


Cet article résume la conférence « L’innovation, de la sphère universitaire au monde économique », organisée par ULAB le 4 décembre à l’École des Mines ParisTech. Le master Management de la Technologie et de l’Innovation de Paris-Dauphine a participé à l’organisation de cet évènement.

Cette conférence met en avant différents modes de gestion de l’innovation au sein de pays européens.

La conférence s’est déroulée de la manière suivante :

  • Présentation d’ULAB, European LABoratory for modeling the technical research University of tomorrow.
  • Présentation du technoparc d’innovation russe de Skolkovo.
  • Quelques éléments sur l’organisation des différents membres d’ULAB pour le transfert technologique. Comment intégrer la dimension régionale ?
  • Quelques informations concernant les PME en forte croissance.
  • Table ronde regroupant 3 start-ups russes, 1 start-up française et un projet de start-up français.

ULAB

Jean-Pierre Broyart, membre de ParisTech et participant au projet ULAB, présentait ce programme européen.

ULAB est un réseau et un think-tank né en janvier 2011 et regroupant cinq grandes universités européennes partenaires : Universidad Politécnica de Madrid, Politecnico di Torino, Technische Universität München, University of Oxford, ParisTech . Les sujets traités sont « research management », « valorization and commercialization », « entrepreneurship », « outreach ».

Ces différents sujets sont étudiés avec des objectifs précis. La thématique « Research management » a pour but d’améliorer la qualité et la pertinence des activités de recherche dans les universités. Le sujet « Valorization and commercialization » vise à donner des outils pour réussir le transfert technologique d’une université vers une entreprise. L’atelier « Entrepreneurship » permettra de trouver des moyens pour faciliter et accompagner la création de nouvelles entreprises, créer un lien entre des projets innovants et la communauté scientifique, créer un climat propice à l’entrepreneuriat. Enfin, l’équipe traitant le sujet « Outreach » a pour mission de définir les moyens et stratégies à développer afin de communiquer et de sensibiliser le public aux sciences et à la technologie.

L’objectif d’ULAB est de mettre en commun des bonnes pratiques concernant les thématiques citées précédemment, de les transférer d’un partenaire à l’autre et ainsi de créer un réel réseau d’échange. Enfin, le travail d’ULAB s’achèvera par la publication d’un livre blanc visant à transmettre des priorités stratégiques afin de valoriser l’excellence, développer des initiatives communes et favoriser l’internationalisation.

Skolkovo (http://www.sk.ru/en/)

 

 

 

Ian Humphery-Smith, directeur pour l’international de Skolkovo, expliquait la fonction et l’ambition de ce centre d’innovation. Créé il y a deux ans, Skolkovo est un centre d’innovation russe basé non loin de Moscou. En effet, la Russie peine à attirer les investisseurs malgré un fort potentiel latent. En quelques chiffres, voici pourtant quelques raisons de la trouver attractive :

 

  •  140 millions d’habitants
  • 10e économie mondiale
  • PIB de 147O milliards USD en 2011
  • Croissance de 4,1% en 2011
  • 150 années pendant lesquelles a été ancrée une forte culture de la science
  • 54% des adultes sont formés au secteur tertiaire (OCDE 2010)

Skolkovo est une initiative gouvernementale ayant trois objectifs de fond :

  • Être la réunion d’une ville, d’une université et d’un technoparc ;
  • Représenter le pipeline de l’innovation en Russie ;
  • Permettre in fine « de faire changer la population russe de point de vue à propos de l’innovation et d’aider la Russie à passer d’une économie basée sur l’exploitation de commodités (matières premières et énergie) à une économie conduite par l’esprit entrepreneurial et des inventions devenant des succès commerciaux ».

Pour cela, Skolkovo possède une reconnaissance nationale permettant de diminuer le risque d’investir en Russie en offrant un point d’entrée solide aux grands groupes. Ils peuvent ainsi accéder à ce vaste marché et négocier avec l’État des conditions plus favorables. Skolkovo a aussi pour but de favoriser la création de fonds d’investissement en Russie et de faciliter la création de start-ups. Pour cela, les délais d’obtention de fonds sont réduits et les temps de « paperasse » sont limités. Les secteurs principalement implantés à Skolkovo sont l’énergie, les TIC, les biotechnologies, l’aérospatial et le nucléaire.

Depuis décembre 2010, le centre d’innovation a accueilli 713 start-ups et attribué 165 subventions, pour un montant total de 266 millions USD. Le pôle est aussi le plus rapide dans le monde à attribuer ses subventions. En effet, vous pouvez obtenir jusqu’à 10 millions de dollars en moins de 12 semaines ! Ainsi Skolkovo est une initiative originale, ambitieuse et prometteuse, à l’image de la Russie.

Comment intégrer la dimension régionale, culturelle et historique dans l’analyse des performances d’innovation ?

Cette partie était présentée par Philippe Laurier, participant au projet ULAB en tant que membre de ParisTech Entrepreneurs.

L’un des projets ULAB a conduit à un benchmarking entre les différentes universités, et notamment à travers le fonctionnement de leurs incubateurs. Ceci afin d’analyser comment la dimension temporelle et spatiale (notamment régionale) est intégrée au sein des différents pôles.

En France, persiste une relativement faible prise en compte du facteur territorial pour la génération d’innovations. Malgré la création de nombreux pôles de compétitivité, qui sont des réussites en termes de développement local (emploi, infrastructures…), aucune rupture technologique majeure n’est, à ce jour, provenue d’un technopôle.

En Italie (exemple de Turin), l’approche est au contraire très régionale. L’université tire parti du tissu industriel local. Le développement local a une telle importance que les autorités régionales subventionnent l’incubateur de Politecnico di Torino pour aider les incubateurs locaux, ses propres concurrents, à se développer. Ainsi, ils cherchent à favoriser une dynamique dans la région.

A Munich, la présence des industriels locaux autour de l’université est forte. Ces industriels locaux (Siemens, BMW notamment pour Munich, ou encore Mercedes Benz pour Stuttgart) paient fréquemment l’équipement des universités. L’incubateur (UnternehmerTum) est détenu par des actionnaires privés. L’un de ces principaux actionnaires est une femme qui n’est autre que l’une des plus grosses actionnaires de BMW par la voie familiale. La présence des industriels est telle que l’université délègue des programmes pédagogiques à ses partenaires privés). S’ajoute, de manière traditionnelle, la présence plus forte des universités à des foires industrielles telles que celles de Hanovre ou Iéna, sortes de grand-messes qui magnifient l’esprit productif et sa connexion avec des logiques marchandes.

A Oxford, l’incubateur (Isis) est détenu par l’université elle-même et non pas par d’autres actionnaires. Cependant, le mode de gestion est le même qu’à Munich : le driver est la rentabilité. Toutefois, une différence majeure est présente, découlant de la différence de nature entre les propriétaires des incubateurs. On remarque qu’à Oxford, la rentabilité des projets est attendue sur le court-terme alors qu’à Munich, beaucoup de projets ont des horizons de 5 à 10 ans. En effet, d’une part, les actionnaires industriels de l’incubateur allemand, dans l’esprit des Mittelstands, que l’on pourrait qualifier de PME à l’allemande (PME familiale, fortement tournée vers l’exportation) impriment leurs particularismes à la sélection des projets de l’UnternehmerTum, car ces acteurs sont habitués à des logiques long-terme.

Alors que, d’autre part, pour Isis, les décisions sont réalisées selon des logiques financières, plus « court-termistes », ce qui est principalement dû à l’influence des capital-risqueurs qui se réunissent chaque année à Oxford pour la VentureFest (http://www.venturefestoxford.com/). Ainsi, on observe des différences dans la nature des projets traités : par exemple, projets automobiles à Munich versus projets TIC à Oxford.

Quelques informations concernant les PME en forte croissance

François Lainée poursuivait cette conférence. Il est président de Cetadata, entreprise de conseil proposant des solutions d’aide au développement et à la croissance ainsi que du traitement innovant de bases de données chiffrées pour des entreprises et des organismes publics.

M. Lainée commence son intervention en mettant à mal deux croyances.

Croyance 1 : la création d’emploi et de richesse passe par la création d’entreprises. Cette affirmation est réductrice car il ne faut pas oublier le développement des PME.

Croyance 2 : entreprise en croissance = innovation = technologie. Or l’innovation n’est pas forcément liée à la technologie. En effet, 70% des PME à forte croissance (croissance annuelle supérieure à 15%) sont des PME de service.

Quels sont les facteurs clés pour les PME en forte croissance ?

  • La différenciation de l’offre. Pour réussir cette étape, l’innovation est un moyen parmi d’autres ;
  • La pertinence du management. Le management est établi en fonction des contraintes opérationnelles : les dépenses marketing sont considérées comme un investissement, le recrutement est perçu comme un facteur critique dans l’entreprise ;
  • Leur financement est critique. Ces PME doivent s’entourer de partenaires financiers de confiance ;
  • Le responsable s’implique personnellement dans le recrutement et le développement commercial ;
  • Les relations avec les grands groupes de leur secteur sont primordiales.

Quels sont les principaux besoins des PME ?

Avant leur création, les PME ont essentiellement besoin de conseils et de financements pour leur R&D. Après le dépôt des statuts, elles recherchent des clients, des employés, le moyen de financer leur croissance et elles seraient également grandement favorisées par un contexte légal et des systèmes de taxation stables.

Table ronde

Cette table ronde était animée par Yannick Tranchier, spécialiste des projets collaboratifs franco-russes, et réunissait les cinq personnes suivantes :

  • Andrey Klimenko pour Pirate Pay, un service cloud permettant de contrôler le comportement des participants des communautés de partage de documents, type « torrent » ;
  • Nikolai Ptitsyn pour Synesis, société développant des applications intelligentes d’analyse de vidéos ;
  • Dmitry Torshin pour Unicloud, société développant des services cloud pour les PME russes ; – Romain Alléaume, pour SeQureNet, entreprise proposant des services de cryptographie quantique ;
  • et François Lainée, représentant un projet en développement concernant des études statistiques avancées.

Deux thèmes principaux ont été abordés : le contexte de création de l’entreprise et la nécessité de soutiens extérieurs. Pour chacun de ces thèmes les différences entre les systèmes russe et français ont été mises en avant.

Contexte de création des strat-ups

En Russie, les universités sont essentiellement tournées vers la recherche fondamentale. Cela commence à changer légèrement avec l’apparition récente de Skolkovo. Jusqu’à récemment, la création de start-ups ne provenait pas des universités mais plutôt d’opportunités saisies par les étudiants eux-mêmes ou bien dans le cadre d’emplois. En France, cela est différent car maintenant la plupart des écoles d’ingénieur proposent un module d’entreprenariat et des incubateurs sont présents au sein des établissements d’enseignement. Ce phénomène est cependant assez récent.

Nécessité de soutiens extérieurs

Concernant les soutiens extérieurs, il va de soi que quelque soit le pays, lorsque l’initiative vient de la technologie et que l’inventeur est jeune, celui-ci doit s’entourer de personnes ayant la connaissance du business. Pour les trois entrepreneurs russes présents, leur vision du rôle du manager et de celui des mentors est relativement similaire. Ils se voient comme des « self-made man » et rêvent de suivre la même réussite que Steve Jobs, qui est un exemple en la matière en Russie.

La vie et leurs propres erreurs les font avancer. Cependant, ils cherchent à s’entourer par des mentors, apprendre grâce à leur clients. La vision des deux français n’est pas très différente : faire des erreurs, prendre des risques. Sur des sujets qu’il ne maitrise pas, le CEO écoute ses mentors et se forge une opinion mais à la fin, il décide seul.

 

Sources :

 

 

 

 

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