Corporate venture, nouveau relais du private-equity ?


A l’heure où Bâle III et Solvency II imposent aux grandes banques et assurances (les « investisseurs institutionnels » pour les initiés) de réduire leur ratio actions en portefeuille/fonds propres et où la crise financière oriente toujours plus les équipes de gestion vers des placements moins volatils et plus liquides, les fonds de private-equity voient leurs principales sources de financement se tarir.
Ajoutez à cela la très probable baisse des incitations fiscales à l’investissement (les désormais célèbres dispositifs TEPA et ISF PME) et vous constaterez que le financement privé des PME, notamment en fonds propres, se réduit très considérablement.

Aussi en cette période de vaches maigres le dynamisme et la multiplication des corporate venture – ces fonds créés et gérés par des grands groupes, avec une évidente cohérence sectorielle – ne pouvait pas passer inaperçu. Représentant environ 10% des montants en capital-risque, 100M€ investis en 2011 et une vingtaine d’équipes, ces structures acquirent un véritable poids dans l’hexagone.

 

 

Ces derniers mois, plusieurs de ces fonds ont été créés (notamment multicorporate venture, via des associations de grandes entreprises). Et des plus anciens investissent avec vigueur.

Voici quelques-uns de ces acteurs :
– Iris, 3 fonds commun entre les entreprises Orange et Publicis, et le fonds européen Iris Capital Management. Spécialisés sur l’économie numérique, ces fonds ont pour objectif de favoriser le développement d’entreprises françaises leaders sur le web ;
– Ecomobilité Venture, fonds commun créé en novembre 2011 par la SNCF, Total et Orange, spécialisé sur les problématiques de mobilité durable et ayant déjà investi 5M€ répartis dans 3 entreprises ;
– Aster Capital, fonds commun entre Schneider Electric, Alstom et Rhodia géré notamment par l’équipe de Schneider Electric Venture, est spécialisé sur les technologies et solutions innovantes dans les secteurs de l’énergie et de l’environnement ;
– Total Energy Ventures, fonds corporate de Total spécialisé sur  les problématiques de transition énergétique, secteurs allant des énergies renouvelables à l’éco-efficacité ou au recyclage des déchats ;
– Merieux Developpement, fonds de BioMérieux disposant de 70M€,  investit évidemment dans des start-up et PME du secteur médical et santé avec 4 axes de prédilection : diagnostic in vitro, prévention & thérapie, services, dispositifs médicaux ;
– Otium Capital (ex Smart&Co Ventures), fonds créé par le groupe SmartBox, investit pour sa part en amorçage, risque et développement dans des entreprises du tourisme, du loisir, de la restauration, du web-loisirs, etc ;
– Seb Alliance, fonds corporate du groupe SEB (par ailleurs déjà connu pour être une organisation fortement innovante) dispose de 30M€ à investir e tickets de 0.3 à 3M€, partout dans le Monde, et sur des secteurs très larges : vieillissement, systèmes intelligents et connectés, nouvelles énergies, santé/beauté/bien-être, robotique, écologie. Avec évidemment une préférence pour les nouvelles technologies du petit équipement domestique ;
– Via ID, fonds corporate du groupe Mobivia (propriétaire entre autres de Norauto), finance des start-up ou PME spécialisées sur les problématiques de mobilité durable. Parmi ses investissements, Carbox (autopartage BtoB) dont nous avions déjà parlé ici ;
– SFR Developpement, fonds du géant des télécoms SFR, orienté sur la téléphonie, internet, la communication, la distribution, la santé, les nouveaux contenus.

D’autres grandes entreprises investissent également dans de petites entreprises très innovantes :, Dassault Systèmes, Rhodia,  Saint Gobain, Alstom, Suez Environnement, Veolia, Bouygues Télécom

 

Pourquoi autant d’entreprises créent-elles de tels fonds? Quelles sont leurs logiques? 

L’élément préalable à rappeler est que monter de telles structures, même lorsqu’elles sont dotées de plusieurs dizaines de millions d’euros, ne coûtent pas chers aux multinationales qui les mettent en place.

Les raisons qui poussent les multinationales à créer ces corporate venture sont souvent assez proches :

 

Objectifs stratégiques et d’innovation

Se doter d’un vivier de start-up très innovantes a plusieurs utilités pour la stratégie ou l’innovation du groupe :
–  accéder à la meilleure innovation, grâce à l’aspect fortement innovant de la plupart de ces start-up, et cela sans mettre en place de lourdes équipes-projets ou de R&D (subissant par ailleurs la légendaire inertie créative) ;
– alimenter leurs ambitions, en envisagent à terme d’intégrer certaines de leurs participations dans leur offre, en les filialisant. La stratégie industrielle est ici assumée ;
–  dynamiser un secteur d’activité connexe, sans pour autant devenir acteur du marché. Car en permettant de faire décoller quelques entreprises dotées de business-models particuliers ou de produits nouveaux, ces multinationales se créent des clients, partenaires, fournisseurs ou encore prescripteurs.

Objectifs financiers

Investir dans de jeunes pousses prometteuses peut être rentable, voire très rentable. Ainsi, de par leur connaissance sectorielle et la qualité de leurs équipes de gestion, certaines entreprises estiment qu’investir dans des start-up est un placement financier intéressant, en plus des considérations stratégiques explicitées plus tôt. C’est la stratégie suivie par Xange (La Poste) et d’autres.

Source : FriedlandPapers  – Lettre de prospective n° 31 – Mars 2011- CCIP

 

L’entrepreneur prend l’argent où il peut (et on le comprend !)

Les objectifs et les moyens des acteurs du private-equity étant vraiment différents, la capacité de séduction l’est tout autant. Le « coût de l’argent »(en fonds propres on ne parle pas de taux d’intérêt, mais de % du capital cédé et des clauses annexes) n’est pas le même entre un fonds financier – qui recherche avant tout la rentabilité – et un fonds corporate – où une rentabilité dégradée ne serait pas trop grave en cas d’intérêt ou synergie stratégique.
Et dans de nombreux cas, alors que les ambitions à terme (c’est à dire au moment de la sortie potentielle de l’investisseur) peuvent être divergentes entre le corporate venture et la jeune entreprise, le coût de l’argent souvent moins élevé de ces fonds les rend plus séduisants que les fonds « financiers ».
Evidemment l’aspect financier n’est pas le seul à rentrer en compte dans la réflexion des entrepreneurs : appui d’une grande entreprise, synergies commerciales et technologiques et prestige du sponsor rentrent dans la balance.

Pour les entrepreneurs, la fête est belle aujourd’hui. Mais attention à la gueule de bois : quand les questions sur la sortie se poseront, les débats risquent d’être parfois rudes !

 

 

Source (parmi d’autres) :

http://www.pmefinance.org/
http://www.lenouveleconomiste.fr
http://www.afic.asso.fr
Corey Phelps, « Corporate Venture Capital – Les facteurs clés de succès », recherche@HEC, juin-juillet 2011, pages 6-7

 

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