Entreprises Biotech et crowdfunding : une grande attente pour les entrepreneurs


Depuis quelque temps, nous assistons tous à une révolution des modèles de financement. Du disque (My Major Company) au projet scientifique (iAMscientist), en passant par les start-ups (WiSeed), le crowdfunding ou financement participatif fait de plus en plus parler de lui et intéresse les entrepreneurs. Alors qu’il commence à faire ses preuves dans le financement de start-up, il se peut qu’il devienne le futur modèle de financement des start-ups biotech. Mais est-ce possible ? Si oui, cela peut-il être un modèle pérenne ?

Force est de constater que la recherche de financement devient plus difficile. En particulier pour les entreprises biotech, plus précisément pour le secteur de la santé car le développement des médicaments peut prendre entre 10 et 15 ans et les risques d’échec sont importants. Pour parvenir à une nouvelle molécule d’intérêt pharmaceutique, on estime l’investissement à 100 millions de dollars, sauf si c’est une NCE (New Chemical Entities) et dans ce cas, le montant peut être plus élevé. Depuis 2012, un phénomène inquiète les entrepreneurs : le « Series A crunch » ou encore « crise des séries A ». Ce phénomène est la résultante d’un déséquilibre entre le nombre de financement d’amorçage (seed stage) qui permet de réaliser la preuve de concept, et le nombre de financement de la phase précoce (early stage ou « séries A ») permettant le développement pré-clinique des médicaments. Cette « crise » peut être l’illustration de la grande difficulté éprouvée par les entrepreneurs à traverser la « vallée de la mort ».

Par conséquent, pour les diverses raisons évoquées, les porteurs de projet s’intéressent à des alternatives, comme le crowdfunding. En France, un évènement qualifié d’emblématique pour le private equity a suscité un vif intérêt : le financement par le crowdfunding d’Antabio, une société française biopharmaceutique qui délivre une nouvelle génération innovante de médicaments antibactériens. Les fondateurs d’Antabio font partis des entrepreneurs qui sont passés par la plateforme WiSeed pour financer le seed stage de leur société, une étape cruciale dans son développement.

Une entreprise comme la nôtre évolue par différents stades de maturité. Chacun correspond à un type d’investisseur bien particulier. Au moment où nous avons fait appel à WiSEED, l’entreprise se trouvait à un stade intermédiaire, dans une sorte de « désert » en matière d’investissements, a déclaré Marc Lemonnier, co-fondateur d’Antabio.

En effet, les capitaux-risqueurs investissent à des stades plus tardifs, quand la société est plus mûre, ce qui n’était pas notre cas. Pour autant, notre situation n’était plus adaptée à un stade correspondant à un financement par les fondateurs, l’investissement de la famille, des amis ou encore l’obtention de subventions. Marc Lemonnier

200 personnes ont donc été convaincues par Antabio : la société a réussi à mobiliser une communauté d’investisseurs sur un sujet dont les enjeux sont bien identifiés par le grand public mais aussi parce qu’elle a un business model « sustainable » qui rassure les investisseurs. Outre le retour sur investissement espéré, les « business angels » de WiSeed participent à une réelle aventure entrepreneuriale « pour une bonne cause ». A l’issu de la collecte qui a duré seulement un mois, 309 000 euros ont été réunis. De cette manière, les investisseurs participent au capital d’Antabio : c’est l’equity crowdfunding. Mais la gestion de 200 investisseurs peut devenir très vite compliquée et on peut se poser des questions sur la part d’implication de ces derniers dans les décisions stratégiques de l’entreprise.

Nicolas Seres, co-fondateur de WiSeed, nous a expliqué lors d’une interview que les investisseurs sont réunis dans une société intermédiaire (une holding), elle-même gérée par WiSeed. Une assemblée générale a lieu chaque année lors de laquelle des informations privilégiées sur le développement de l’entreprise sont communiquées. Les investisseurs n’ont donc pas de rôle direct sur les prises de décisions, mais leurs avis peuvent être sollicités pour peser. . Nicolas Seres nous a confié que l’objectif de WiSeed est de développer l’expérience investisseur, l’enjeu est important ; il est aussi essentiel d’éduquer les investisseurs non professionnels à ce mode d’investissement, en mettant par exemple à disposition des études sur les domaines d’activité de ces sociétés afin d’être le plus transparent possible. Depuis 2012, les 200 investisseurs sont sortis du capital d’Antabio sur un TRI de 45% : cette sortie et le rendement tirée de cette transaction sont de réels avantages pour les investisseurs. Cette réussite a permis à Antabio d’intéresser d’autres investisseurs : la société reçoit 4.7 millions d’Euros du fond Wellcome Trust pour développer un nouveau pan inhibiteur efficace dirigé contre les métallo beta-lactamases, des enzymes capables de « détruire des antibiotiques » appartenant aux familles des pénicillines, des céphalosporines et des carbapénèmes. Ainsi, avec le succès d’Antabio, la voie est donc ouverte pour le capital-risque 2.0 qui constitue un réel espoir pour les entrepreneurs.

Toutefois, un cadre réglementaire semble nécessaire pour pérenniser cette nouvelle sphère financière. Aux Etats-Unis, le JOBS (Jumpstart Our Business Start-up) Act a été voté par le Sénat. Cette initiative doit permettre aux entreprises de rester « privée » même si elle a 2000 investisseurs dans son capital. En Angleterre,  le mécanisme fiscal SEIS est particulièrement attractif car il offre notamment une garantie contre les pertes résultant d’un investissement dans une startup en cas de défaillance de cette dernière. En France, Les discours des responsables politiques sont très favorables à la  finance participative (ou crowdfunding). Toutefois, de nombreux freins à son développement existent. D’origine réglementaire sur l’offre au public (au niveau européen ou français), d’origine réglementaire sur les agréments nécessaires (niveau français), et d’origine fiscale. La protection de l’investisseur particulier est au centre des débats. La position de WiSEED et des plateformes de crowdfunding en France est très claire et reprise dans la charte de déontologie de l’association FinPart: oui à une réglementation pour éviter toutes dérives, oui à un contrôle par les régulateurs, oui à l’adhésion à un code déontologique. Toutefois, la réglementation doit être adaptée au contexte et aux enjeux.  Elle doit évoluer également avec l’émergence des modèles désintermédiés qu’Internet autorise grâce à sa forme participative.

Aujourd’hui, seul WiSeed dispose de l’agrément PSI (Prestataire de Services d’Investissement).

Le Pacte National pour la Croissance, la Compétitivité et l’Emploi présenté par le Premier Ministre débouche notamment sur les Assises de l’entrepreneuriat, lancées le 14 janvier dernier par Fleur Pellerin. Ces Assises ont pour objectif d’annoncer des mesures visant notamment à faire de la France un pays accueillant pour les entrepreneurs et à doubler le nombre d’entreprises de croissance en 5 ans. A cet effet, le Ministère délégué aux PME, à l’innovation et à l’économie numérique a constitué 9 groupes de travail visant à réfléchir à des thèmes aussi divers que l’innovation, l’accompagnement entrepreneurial, l’entreprise du futur…

WiSEED a été cooptée pour participer au groupe travaillant à «faire émerger de nouvelles sources de financement pour les entreprises » piloté par le Président du Centre des Jeunes Dirigeants, Christophe Praud.

Le Gouvernement présentera son programme d’actions issues des Assises courant avril 2013 pour une mise en œuvre immédiate.

Pour conclure :

Le crowdfunding a le potentiel d’être l’un des plus performants moteurs économiques de création de richesses et d’emplois de notre histoire. Nicolas Seres

 

A propos d’Antabio:

  • Domaine d’activités : biotechnologie
  • Startup dédiée à la découverte de nouveaux antibiotiques, par le développement de molécules destinées à traiter les infections acquises à l’hôpital.
  • Création : 2009
  • Lieu : Labège (31)
  • Site web

A propos de WiSeed

  • Plateforme de financement collectif destinée aux startups
  • Profils d’investisseurs : particuliers
  • Site web

 

Source :

-Les défis du financement de la biotech : vers une nouvelle voie ? BE 316, 18 janvier 2013, http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72015.htm

-Entrepreneurs : de la difficulté de franchir la « vallée de la mort », BE 280, 2 mars 2012, http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/69277.htm

-Crowdfunding is coming to biotech, so get ready for a wild ride, Luke Timmerman, Xconomy, 28 janvier 2013, http://bit.ly/15dS1Bb

-http://www.wiseed.fr/

-http://www.antabio.com/en

« Le crowdfunding a permis de financer une étape cruciale dans notre développement », interview de Marc Lemonnier, co-fondateur d’Antabio, 18 décembre 2012, http://bit.ly/YgJwV2

WiSeed, partie prenante des Assises de l’Entrepreneuriat, Newsletter du 19 février 2013, http://bit.ly/ZugChV

Crédit photo: WiSeed

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4 comments

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  1. Particeep 8 mars, 2013 at 17:39 Répondre

    Le crowdfunding, ou financement participatif est certainement l’une des solutions d’avenir pour le financement de notre économie. Alors 258,2 milliards d’euros « dormaient » sur les livrets A en février, étant quasi inutiles à l’économie, et que 90% du financement des PME provient des banques, il convient de se poser quelques questions…
    Plusieurs articles sur le sujet abordent notamment ce problème et montrent comment le financement participatif peut se positionner comme une alternative…
    http://www.particeep.com/fichiers/twitter.php?langue=fr&pseudo=rub26&code=calb414

  2. henri 18 mars, 2013 at 14:51 Répondre

    bonjour Carine,
    il y a une erreur dans votre article, wiseed n’est pas du tout PSI mais plutot CIF, ce qui est aussi le cas pour tous les autres acteurs du crowdfunding.

    Etre PSI nécessite un agrément de l’autorité de controle prudentiel (démarche bcp plus compliquée)

    • LA 18 mars, 2013 at 18:17 Répondre

      Bonjour Henri,

      Je vous remercie pour votre remarque qui est tout à fait recevable. Je tenais aussi à vous informer que les éléments figurant dans cet article ont été validés par WiSeed.

      Concernant l’agrément PSI, la société WiSeed peut en bénéficier via son partenariat avec la société Alternativa qui est effectivement à la tête de tous les agréments prudentiels nécessaires que ce soit en tant que PSI que de SMN. Les deux sites seront regroupés et les clients apportés par WiSeed seront orientés vers les services d’Alternativa pour le placement et l’exécution d’ordres. C’est pourquoi, il est intéressant de noter que la société WiSeed, grâce à ce partenariat, est le seul acteur pouvant bénéficier de cet agrément PSI.
      Mais je vous invite à contacter M. Merquiol ou M. Seres pour plus d’informations. Ils n’hésiteront pas à vous expliquer le détail de ce partenariat.

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