Estonie, terre d’innovation(s) !


L’Estonie est ce petit pays aux confins de l’Europe, coincé entre le géant russe à l’Est, le grand frère finlandais au Nord et la mer baltique à l’Ouest. Comptant seulement 1.3 million d’habitants, cette terre renferme un des réservoirs à start-up d’Europe.

Le géant Skype y fut fondé en 2003 par trois développeurs tallinnois (racheté en 2011 par Microsoft pour 8.5 milliards de dollars). La plateforme de téléchargement KaZaA est également estonienne. Ainsi que toute une flopée de pépites technologiques.

En 2009, le secteur des TIC comptait en Estonie 1 700 entreprises, 16 500 employés et représentait 9% du PIB, soit près de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires.

L’Estonie, vue par google maps…

Un pays qui revient de loin

Qui eût cru que ce minuscule confetti d’URSS deviendrait en une quinzaine d’années un véritable vivier à technologies et start-ups ?

Au sortir de 47 années de domination soviétique, le pays et son économie étaient exsangues. L’industrie lourde et l’agriculture représentaient une large part du PIB estonien, les infrastructures étaient obsolètes et la structure productive n’était pas adaptée à la taille du pays et à son emplacement. Trouver de rapides solutions était une question de survie.

Cette dynamique fut notamment initiée par un homme politique, Edgar Savisaar. Premier Ministre de l’indépendance à 1992, puis Ministre de l’Economie et de la Communication, et aujourd’hui Maire de Tallinn, il fit beaucoup pour moderniser l’Estonie.

Il lança de nombreuses actions avec entre autres le projet « e-Tallinn » en 2007, visant à dématérialiser le plus possible les actes du quotidien (réserver une place de cinéma, payer le parking, demander un reçu fiscal).

Par ailleurs,  en mars dernier, M. Savisaar a annoncé que sa ville deviendrait la première capitale européenne à mette en place la gratuité dans les transports en commun, et ce à partir du 1er janvier 2013.

Aujourd’hui, l’Estonie performe. Avec 4.9% de croissance du PIB en 2011 et un taux d’endettement le plus bas d’Europe (7.2% du PIB), elle a prouvé sa capacité de rebond et de performance, après une année 2009 catastrophique (-13.9% de PIB).

 

Un écosystème entrepreneurial et innovatif exemplaire

Cette dynamique politique a largement permis d’impulser la création d’un véritable écosystème. Au point que l’Estonie est devenue un modèle pour de nombreux états européens.

De nombreux exemples ou explications permettent d’illustrer cela :

la création d’Ulemiste City par la ville de Tallinn. Anciennement haut lieu de l’industrie lourde soviétique, ce quartier est devenu une « Silicon Valley estonienne », mettant à disposition des entreprises nationales et internationales : locaux, incubateurs, infrastructures et facilités (dont des subventions).

Le tout dans l’objectif de créer, avec succès, un véritable « cluster » du web et autres TIC.

l’absence d’imposition pour les bénéfices réinvestis ou mis en réserve. Cette règle fiscale, assez rare en Europe, a permis à l’Estonie de faciliter l’apparition de véritables champions nationaux. Car les entreprises de croissance ont pu ainsi croitre rapidement, sans craindre la pression fiscale.

De même, de nombreuses entreprises étrangères – notamment finlandaises, russes, danoises, suédoises, allemandes, polonaises, américaines – en ont profité pour y installer leurs sièges régionaux, y créer des filiales, centres de production ou de R&D.

– une connectivité au web exceptionnelle. L’Estonie est un peu le pays de la « e-democracy » : vote électronique existant depuis 2005 (et même depuis 2011 vote via le téléphone portable), déclaration et paiement des impôts sur internet largement diffusés, quasi-totalité des démarches administratives dématérialisées, suivi en direct des dépenses gouvernementales.

Mais l’amour des estoniens pour le web ne se limite pas à son univers politique. Car l’ensemble du pays est concerné : wifi en accès gratuit presque partout (et depuis déjà longtemps), taux d’équipement et de connexion des foyers très élevé, achat des tickets de transport en ligne, dossiers médicaux et ordonnances électroniques depuis 2010. En 2010, 90% des foyers estoniens possédaient une connexion internet, contre seulement 68% des foyers français.

L’enseignement n’est évidemment pas en reste : depuis 2003 les écoles ont rendu possible le suivi des notes et des absences des élèves, le contenu des cours, les devoirs donnés et l’évaluation des élèves par les enseignants à la fin des périodes d’enseignement.

Cette connectivité au web est également largement mobile : paiement du stationnement de la voiture (m-parking), achat de billets de théâtre et paiement à l’épicerie via le mobile en sont quelques exemples.

– l’externalisation et la délocalisation d’activités finlandaises  à forte valeur ajoutée. Les entreprises finlandaises ont bien identifié les atouts de l’Estonie. Et ont ainsi entrepris de lui confier des travaux, à l’origine, à valeur ajoutée plutôt limitée (centres d’appels, production manufacturière, etc), mais aussi de plus en plus des travaux nécessitant une capacité d’innovation importante : développement logiciel, programmation de jeux vidéos, conception de sites internet, recherches biotechnologiques, graphisme, etc.

 

Le fait que tout un pays se soit orienté sur la voie de l’innovation laisse rêveur. Quel meilleur remède contre le déclin ?

L’Estonie a prouvé qu’une forte mobilisation collective (politiques, administrations, entreprises, particuliers, association, établissements d’enseignement) permettait à une nation de revenir sur le chemin de la croissance, malgré des décennies de sous-développement.

Espérons que cet exemple, si particulier et si performant, en inspire d’autres.

Sources :

www.investinestonia.com
http://www.est-emb.fr/estonie/it
http://www.stat.ee/en
http://www.est-emb.fr/estonie/economie/aid-120
http://www.europeplusnet.com/article189.html
http://www.lenouveleconomiste.fr/lesdossiers/le-corporate-venture-15043/#.UM4AuOTtWIM

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