Fabriquer des gares et du métro autrement


La Fabrique du métro est un dispositif crée par la Société du Grand Paris (SGP) dans le cadre du projet de construction du futur métro des franciliens, Grand Paris Express (GPE), plus grand projet d’aménagement urbain d’Europe visant à bâtir une nouvelle génération de gares raccordées au réseau existant et intégrées dans des quartiers aménagés.

Située à St Ouen (Seine-Saint-Denis, en région parisienne en France), zone où se déploie plus d’un tiers des gares prévues, la Fabrique du métro est un lieu de co-conception et d’expérimentation à l’échelle 1:1 impliquant les différentes parties-prenantes du projet. Il s’étend sur 2500 m2 et il est présenté comme « le terrain de jeu » de la communauté du GPE. Le dispositif promet ainsi de favoriser la co-conception et l’expérimentation collective, essentielles pour le projet. Il permet également de promouvoir le projet GPE à travers des expositions gratuites et ouvertes au grand public, notamment la jeunesse. C’est en partie la nouveauté de ce dispositif. En effet, la Fabrique du Métro s’adresse aux équipes projet (comme les Directions SGP, les prestataires de maîtrise d’œuvre, les architectes, les designers) mais plus largement aux acteurs externes de l’innovation du secteur de la mobilité, les futurs usagers, les élus et le monde associatif. Afin de profiter de tout son potentiel, un protocole d’utilisation a même été mis en place où est fourni un descriptif des capacités matérielles et immatérielles du dispositif, ainsi que des bonnes pratiques à adopter. En effet, pour fonctionner correctement, les investissements matériels (aménagements dédiés, scénographie spécifique) et/ou immatériels (soutien de la Direction, partenariats) sont cruciaux et soutenus durant toute la vie du dispositif.

La Fabrique du Métro rappelle deux principes (pratiques) clés: la co-conception et l’expérimentation collective. Le dispositif constitue ainsi une rupture organisationnelle dans la mesure où, jusqu’à récemment, chaque nouvelle gare était pensée individuellement ou au niveau de sa ligne. Le dispositif change les méthodes de travail en introduisant une nouvelle dimension : celle du territoire (pris au sens très large). Dans le même sens, les maisons de projet étaient jusqu’à présent les lieux d’expérimentations internes et étaient rattachées à un chantier précis. Du fait de la petite surface disponible près des chantiers, il n’était pas possible de réaliser des expérimentations en grandeur nature. La Fabrique du métro permet alors de centraliser pour la première fois les lieux d’expérimentations de tous les chantiers. Il s’agit d’un véritable défi car les gares, de par leur échéancier de construction très large (2022 à 2030), vont devoir intégrer des innovations à des stades très divers. En même temps, les retours d’expérience des premières vont pouvoir servir aux suivantes. Il représente ainsi une véritable base arrière commune à l’ensemble des initiatives issues des territoires, d’où l’esprit d’expérimentation. Le dispositif présente également de véritables singularités conceptuelles dans la mesure où il présente une combinaison originale des caractéristiques du living lab, du laboratoire de recherche, du showroom, de l’incubateur et de la maison de projet. Cette multiple identité cohabite avec un espace à la fois technique et didactique en termes de scénographie, ce qui fait la singularité du dispositif.

Avis de l’Observatoire : certaines propriétés du dispositif de Fabrique du métro sont connues. Les logiques de co conception en urbanisme et en architecture ne sont pas inédites (le caractère inédit de la fabrique du métro résidant réellement dans le fait d’apporter un dispositif commun d’expérimentation pour les gares de territoires très variés). Le dispositif s’inscrit dans une logique non singulière d’innovation et d’expérimentation en milieu ouvert. Il y a de l’Open innovation dans la Fabrique du métro, logique désormais répandues de management de l’innovation. L’ouverture est cependant large puisque le dispositif sert à la fois de démonstrateur accessible au public et de lieu pour inviter des acteurs des territoires à expérimenter. Il peut y avoir de la confusion. Confusion renforcée par l’ambivalence entre lieu et dispositif. Il est probable qu’un travail de communication plus conséquent sera fourni afin d’aider à ce que le dispositif trouve sa place dans l’écosystème et garde son attractivité. Se pose également la question de la pérennité du dispositif et de son évolution : quand les premières gares seront sorties de terre, le dispositif sera-t-il encore pertinent ? Quelle évolution dans la nature de ses rôles peut-on imaginer ?

Article publié le 19 juillet 2017 sur le site de l’Observatoire de l’Innovation Managériale d’après les travaux réalisés par Virgine Coll et Cédric Cordone, étudiants du Master MTI, Université Paris-Dauphine, promotion 2017

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Virginie Coll

Virginie Coll

Ayant plus de 10 ans d’expérience dans la gestion de projets, je suis convaincue des liens étroits entre innovation, technologie, digital et développement durable, notamment sur comment les nouvelles technologies vont nous aider à répondre aux nouveaux besoins de la société et vont contribuer à l’émergence de nouveaux business models.

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