Industrie chimique et innovation


La chimie. Un mot qui en fait grimacer plus d’un… La chimie est dangereuse, la chimie pollue, la chimie tue. Ces phrases reflètent encore et toujours l’opinion des Français concernant l’industrie chimique. En effet, d’après une enquête réalisée en 2011 par Mediaprism Group auprès d’un échantillon de 2519 Français (« Industrie chimique et produits chimiques : état de l’opinion, attitudes et comportements »), les mots auxquels la chimie est spontanément associées sont des termes anxiogènes : pollution (65 %), risque (63 %) et danger (57 %). Cependant, l’industrie chimique a bien changé ces dernières décennies. En effet, elle a pris conscience, tout comme les autres industries, des enjeux environnementaux et sociétaux qu’elle devait intégrer dans sa stratégie. Ainsi, dans les pays développés, une réglementation plus cohérente et exigeante et des dirigeants de plus en plus conscients de leur rôle à jouer permettent à l’industrie chimique de prendre de nouveaux engagements. Réduction des émissions de CO2, réduction de la consommation en énergie, meilleure gestion des ressources, meilleure gestion des déchets, émergence de la chimie durable… Le secteur a réduit de 78% ses rejets en métaux lourds dans l’eau depuis 2002 et de 50% ses émissions de gaz à effet de serre depuis 1990. Il reste bien évidemment des progrès à faire sur tous ces aspects mais le train est sur les rails !

Cet article présente l’industrie chimique, l’utilité de la chimie dans le monde qui nous entoure ainsi que les futurs enjeux qui l’attendent.

Présentation de l’industrie chimique

Le secteur de l’industrie chimique est composé des secteurs suivants : pétrochimie, chimie de base et chimie de spécialités (voir figure 1). Les raffineries ne font pas partie de l’industrie chimique d’après l’INSEE ou l’UIC mais sont partie intégrante de la chaîne donc elles sont représentées sur la figure 1.

Raffinerie : industrie de séparation des différents composants du pétrole.

Pétrochimie : production de dérivés du pétrole acycliques (éthylène, propylène, butylène…) et de dérivés aromatiques (benzène, toluène, styrène, cumène…) à partir de pétrole raffiné. Production de matières plastiques de base (polyéthylène, polypropylène, PVC…).

Chimie de base : production de produits chimiques (organiques ou inorganiques) utilisant des procédés de base. Production d’engrais, de produits azotés et de caoutchouc synthétique.

Chimie de spécialités : production de produits chimiques finis destinés à des usages particuliers. Encres et pigments, pesticides, colles, explosifs, molécules fonctionnalisées, matériaux de pointe…

La pétrochimie et la chimie de base font partie de la chimie lourde. Celle-ci est caractérisée par des cycles de fabrication courts, des installations à marche continue et automatisée, de gros tonnages, des prix relativement bas et une faible valeur ajoutée unitaire. Le coût des matières premières impacte beaucoup la chimie lourde.

La chimie de spécialité se distingue de la chimie lourde par des prix plus élevés, une valeur ajoutée plus importante, des tonnages plus restreints, des séries plus nombreuses et davantage de flexibilité. Elle se rapporte à des gammes de produits très élaborées, aux performances spécifiques, comprenant notamment la fabrication de produits technologiques divers pour les industries et procédés industriels.

Figure 1 : industrie chimique

Le chiffre d’affaires de l’industrie chimique en France en 2008 est de 85,8 milliards d’euros. D’après la figure 2, en France en 2008, la pétrochimie (matières plastiques de base sur la figure) représente 15,2% du chiffre d’affaires total du secteur. La chimie de base (chimie minérale, produits organiques de base et caoutchouc synthétique sur la figure 2) représente 39,8% de ce chiffre d’affaires. Enfin, la chimie de spécialité (spécialités chimiques, chimie fine pharmaceutique et savons, parfums, produits d’entretien) représente 45% du chiffre d’affaires de l’année 2008.

Figure 2 : répartition du chiffre d’affaires en 2008. Source UIC

 Applications de l’industrie chimique

Mais au fait, c’est quoi la chimie ? Il n’est pas facile de répondre à cette question. Nous pouvons dire que c’est une science qui étudie la matière et la transformation de la matière. Une fois que l’on vient de dire cela, il n’est toujours pas évident de dire à quoi servent la chimie et l’industrie chimique en pratique.

Comme cela apparait dans la figure 1, l’industrie chimique est souvent très en amont dans les filières et sert de nombreux autres secteurs. Voici une liste des principales applications auxquelles l’industrie chimique est liée.

  • Chimie et matériaux : des matières plastiques aux matériaux à haute valeur ajoutée destinés à l’aérospatial ou à l’habitat durable, en passant par le textile.
  • Chimie et énergie : pétrole, pile à combustible, panneaux photovoltaïques, nouvelles technologies d’éclairage, batteries…
  • Chimie et environnement : matériaux d’isolation, bioplastiques, biocarburants
  • Chimie et santé : nouveaux médicaments plus sûrs et plus efficaces, nouveaux moyens de délivrer ces médicaments.
  • Chimie et révolution électronique : développement des nanotechnologies.
  • Chimie et quotidien : détergents, produits d’entretien, cosmétiques, désinfectants, colorants, …

Les premières minutes d’une vidéo réalisée par Federchimica, la fédération italienne de l’industrie chimique, illustrent parfaitement le caractère indispensable de la chimie dans notre quotidien.

La figure 3 représente les secteurs, en France, auxquels l’industrie chimique a vendu ses produits.

Figure 3 : répartitions des ventes de l’industrie chimique en France en 2006 (Y compris les produits importés, hors autoconsommations, hors marges commerciales et de transport). Source : UIC.

 Enjeux pour l’industrie chimique pour les pays développés avec un focus sur la France

Les résultats de cette dernière partie sont principalement tirés d’un dossier réalisé par InfoChimie où des dirigeants d’entreprises ou d’autres acteurs de l’industrie chimique en France proposent leur vision, ainsi que d’une étude réalisée par Pwc auprès  de 88 dirigeants d’entreprises chimiques dans le monde.

Les enjeux de l’industrie chimique souhaitant garder une place dans les pays développés paraissent être les suivants :

  • Se positionner sur la chimie de spécialité afin de produire des produits à très haute valeur ajoutée et pouvoir être compétitifs par rapport aux pays émergents.
  • Réussir à combiner mondialisation et marchés locaux : se positionner sur les marchés émergents et allier une chimie de proximité fortement liée aux points forts de l’industrie d’un pays. Notamment, pour des produits dont le coût de transport est élevé, la chimie de base et la pétrochimie peuvent avoir leur place dans les pays développés.
  • Conserver l’exigence de sécurité envers les employés et les installations.
  • Faire des enjeux de développement durable un atout pour la chimie et non une contrainte. C’est un grand champ d’innovation pour le secteur, et même si les marchés sont pour la plupart encore à l’état de niche, les entreprises auraient intérêt, dans une certaine mesure, à réorienter leur recherche et leur production vers des technologies de rupture allant dans le sens du développement durable. Ceci est d’autant plus vrai car, en tant qu’industrie amont, la chimie a de nombreux clients qui chercheront à réduire leur empreinte carbone dans les années à venir.

En France, l’industrie chimique est un secteur clé. C’est le 3e secteur industriel et le 1er exportateur. En chimie, la France est le 2e producteur européen et le 5e mondial. D’après l’UIC (Union des Industries Chimiques, France), en 2011, il représentait 86,7 milliards d’euros (ce chiffre correspond également au niveau d’avant crise en 2008 avec 85,8 milliards d’euros). Chaque année, les exportations représentent plus de 50% du chiffre d’affaires du secteur.

Cependant, celui-ci a été fortement affecté par la crise et peine à renouer avec la croissance. En France comme dans le reste de l’Europe, le secteur se trouve confronté à un important problème de compétitivité.

Faiblesses de la France par rapport à l’industrie chimique

–       Forte réglementation (taxe carbone, REACH…)

–       Accès aux matières premières et à l’énergie chaque jour moins compétitif en Europe

Forces de la France par rapport à l’industrie chimique

–       Crédit Impôt Recherche

–       Pôles de compétitivité : mutualisation des efforts de recherche (21 des 71 pôles de compétitivité ont une activité relative à la chimie)

–       Recherche académique orientée vers le développement durable

–       Qualité de ses réseaux universitaires. Encore faut-il se donner les moyens de réussir le passage à l’industrialisation

–       Une main-d’œuvre très bien formée

Pour rester compétitive et conserver une place internationale, la chimie française doit évoluer. Cela ne se fera certainement pas du jour au lendemain étant donné le contexte général français, mais néanmoins des options prometteuses s’offrent à elle. Les secteurs porteurs vers lesquels elle peut se tourner sont les suivants : recyclage, traitement des déchets, matériaux durables, énergie, santé, nanotechnologies, chimie durable, chimie du végétal…

 

Sources : www.uic.fr, http://www.industrie.com/chimie/quel-avenir-pour-la-chimie-en-france-et-en-europe,36199, http://www.industrie.gouv.fr/tc2015/technologies-cles-2015-chimie.pdf,http://www.pwc.com/gx/en/ceo-survey/pdf/15th-global-ceo-survey-chemicals.pdf

 

 

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2 comments

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  1. Carrière Industrie 17 février, 2014 at 16:44 Répondre

    Bonjour,

    Les enjeux de la recherche et du développement sont vraiment très important pour un pays et c’est vraiment dommage que la France n’y attribue que 3% de son budget ! La R&D c’est l’avenir et l’emploi pour les générations futurs. On peut remarquer que l’emploi dans les nouvelles technologies explosent ça montre bien qu’il faut aller chercher les nouveaux secteurs ou être en perpétuelle évolution pour l’avenir.

    A bientôt

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