Innovation ouverte: le sésame pour un nouveau blockbuster dans l’industrie pharmaceutique ? (Partie I)


« La nature de l’innovation a changé. Le modèle de l’individu travaillant dans un même laboratoire et capable d’amener de grandes inventions est en grande partie révolu. Désormais ce sont des personnes. C’est multidisciplinaire. C’est mondial. C’est collaboratif. »  (Sam Palmisano, président et PDG, IBM). De nos jours, les partenariats sont une des clés pour maintenir la compétitivité des entreprises. Celles-ci n’hésitent plus à créer des relations de partenariat solides avec les centres de recherche académique et les petites et moyennes entreprises (PME)[1].

La question qui en découle est la suivante : ce type d’innovation, dit ouvert, est-il applicable à toutes les industries ? Prenons le cas de l’industrie pharmaceutique. Si dans le passé, le modèle fut celui d’une innovation fermée et cloisonnée, la nécessité actuelle de développer des thérapies plus efficaces afin de combattre les maladies telles que le cancer est devenue une évidence. Malgré une croissance continue dans les dépenses de R&D, qui ont plus que doublé au cours des 10 dernières années, le taux de réussite dans la recherche de nouveaux médicaments a été relativement décevant. En conséquence, une stratégie plus rationnelle sur la manière de faire de la recherche s’impose. L’augmentation des coûts et des risques, le besoin de mieux comprendre le patient et ses exigences, et les possibilités d’avoir accès à de meilleurs outils, technologies et idées, ont contribué à la réévaluation de leurs modèles de business par les grandes sociétés pharmaceutiques. Dans le même temps, la biomédecine académique s’est rendu compte qu’il existe des outils, des technologies et de l’expérience au sein des entreprises pharmaceutiques qui peuvent aider au développement de la recherche vers l’application clinique. Par conséquent, il y a eu un changement dans le paysage culturel qui devrait permettre une adoption plus large des approches d’innovation ouverte[2].

Dans ce contexte, nous pouvons nous demander si la rencontre des savoir-faire industriels et académiques, des liens basés sur la compréhension mutuelle, est vraiment possible. Quels sont les compromis à faire ? Parfois, entre les projets de recherche qui répondent aux besoins de l’industrie et ceux qui remplissent les normes académiques, certaines lacunes peuvent exister, et l’échange de connaissances entre les universités et l’industrie n’est pas toujours une tâche facile. Entre les documents de confidentialité, les résultats imposés par l’industrie afin de maintenir sa compétitivité et son leadership sur le marché, et enfin la valorisation de la recherche publique fondée sur le nombre de publications, il est parfois difficile de trouver les bonnes méthodes de communication et d’incitations. Cependant l’objectif est commun : la volonté de développer des médicaments innovants, plus efficaces et plus sûrs, en conservant en même temps la compétitivité sur le marché. Une des solutions a été une classification plus claire des différents types d’informations, de sorte que les cadres de l’industrie savent ce qu’ils peuvent librement partager avec les partenaires académiques et ce qui doit rester confidentiel. Une autre est la création de consortiums dans les zones non-exclusives de la recherche précompétitive, c’est-à-dire de la recherche qui vise à faire progresser les initiatives de l’ensemble des partenaires, et non pas celles d’une entreprise individuelle. Prenons seulement deux exemples, mais d’autres existent certainement :

(1) le développement de technologies nouvelles telles que l’ARN d’interférence (ARNi Consortium[3]) (http://www.broadinstitute.org/rnai/trc) et

(2) l’identification de biomarqueurs (Biomarkers Consortium[4] – http://www.biomarkersconsortium.org/) afin d’aider à prédire les bénéfices pour le patient et la réponse défavorable à certaines catégories de médicaments.

Il est impossible de savoir à l’avance si ces collaborations seront productives, mais il est possible de créer des infrastructures qui permettent d’optimiser le potentiel de succès.[5] L’établissement des zones de recherche précompétitive, avec les normes et protocoles ouverts, permettrait aux entreprises de mettre en commun leurs connaissances et ressources pour combler les lacunes technologiques actuelles.

Dans la deuxième et dernière partie nous illustrerons par des exemples plus concrets différents actions mises en place par l’industrie pharmaceutique afin de faciliter le transfert et la libre circulation des informations. Mais la question à laquelle nous essayons de trouver réponse est : est-ce que ces actions sont-elle vraiment productives ? Si oui, quelles sont les barrières qu’on peut rencontrer dans ces approches dites «ouvertes» ? Et la liste des questions reste « ouverte ».

 


[1] Teri Melese, Salima M Lin, Julia L Chang & Neal H Cohen, Open innovation networks between academia and industry: an imperative for breakthrough therapies, Nature Medicine 2009 (15), 502 – 507.

[2] Jackie Hunter & Susie Stephens, Is open innovation the way forward for big pharma? Nature Reviews Drug Discovery 2010 (9), 87-88.

 

[3] Blow, N. RNAi technologies: a screen whose time has arrived, Nat. Meth. 2008(5), 361–368.

[4] Altar, C.A., The Biomarkers Consortium: On the Critical Path of Drug Discovery, Clin. Pharmacol. Ther. 2008(83), 361–364.

[5] Jackie Hunter & Susie Stephens, Is open innovation the way forward for big pharma? Nature Reviews Drug Discovery 2010(9), 87-88.

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  1. Barei 15 mai, 2013 at 10:40 Répondre

    Il faut ouvrir le débat en France, la manque des produits block buster au sein de l’industrie pharmaceutique est une véritable problème mais il existe des solutions, open innovation et la partenariat entre les labos académiques et industrielles sont uniquement 2 possibilités il en existe d’autres. Ce type de partenariat existe aux USA et dans les autres pays, j’ai discuté ce sujet dans ma thèse.

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