Innovation ouverte : le sésame pour un nouveau blockbuster dans l’industrie pharmaceutique ? (Partie II)


D’une manière générale, il est admis que l’industrie pharmaceutique est principalement motivée pour créer deux choses : des composés qui servent la société et des médicaments qui servent les investisseurs. Des voix plus critiques sont allées beaucoup plus loin, en affirmant que l’industrie pharmaceutique est motivée par le profit seul, sans se soucier de-bien-être de la société. Mais juste faire des profits représente-t-il un moteur assez puissant pour inciter à l’innovation ? La réponse fournie par des nombreuses études propres à l’industrie pharmaceutique a été sans équivoque : « oui ». Les bénéfices sont directement liés à l’investissement en R&D, à l’appropriation des inventions (via les brevets) et en troisième position aux produits innovantes en soi[1]. Très peu de nouveaux médicaments sont réellement innovants, la plupart sont des “copy cat”. D’après une étude faite par McKinsey sur les 32 médicaments introduites au cours de la dernière décennie, seulement  un quart possèdent un nouveau mécanisme d’action. La question qui en émerge est : est-ce que les jours dorés des big pharma appartiendront bientôt au passé? Est-ce qu’elles sont en train de vivre sur du temps emprunté jusqu’à ce que leurs brevets vedette épuisent? Cela fera l’objet d’un prochain article sur MTI Review.

Un article récent en Forbes par John LaMattina (ancien président du Pfizer R&D et partenaire chez PureTech Ventures) pointe la difficulté de prédire les nouveaux blockbusters. Pour  rappel un « drug » devient un blockbuster au moment où il atteint des ventes qui dépassent $1 billion en termes de vente cinq ans après son lancement. Mais est-il raisonnable de comparer la vente avec le degré d’innovation ? Jusqu’à présent la comparaison a été faite plutôt entre les dépenses en R&D et la probabilité d’innovation.

Prévoir les ventes futures de composés en développement est un exercice difficile. Un exemple concret est Lipitor (atorvastatine). Quand Pfizer a fait preuve de diligence pour un accord de co-marketing avec Warner-Lambert en 2000, les analyses internes ont estimé que les ventes de Lipitor seraient de l’ordre de 800 millions de dollars. En réalité, Lipitor a atteint 12.8 milliards de dollars. Les questions qui en découlent sont les suivantes : comment les spécialistes du marketing de Pfizer ont été si loin dans leurs prédictions ? Comment les nouveaux composés feront face à des génériques ? Peut-il avoir des différences cliniquement significatives par rapport aux agents déjà établis ?

Pour une image plus claire, voici une liste des 10 premiers blockbusters aux USA :

Firme

Composé

Recette

Maladie

Date d’expiration du brevet

Pfizer Lipitor (atorvastatine) $12.8  billion Réduit le LDLs Novembre, 2011 (USA)
Bristol-Myers Squibb/Sanofi Aventis Plavix (clopidogrel) $6.8 billion Anticoagulant utilisé pour prévenir  les attaques cardiaques et cérébrales Mai 2012 (USA)
AstraZeneca Nexium (esomeprazole) $6.2 billion Réduit le reflux gastro-œsophagien Mai 2014 (USA)
Otsuka, Bristol-Myers Squibb Abilify (apriprazole) $5.2 billion Antipsychotique et antidépresseur Octobre, 2014
GlaxoSmithKline Advair (fluticasoneet salmétérole) $4.6 billion Asthme chronique Mars, 2012
AstraZeneca Seroquel (quétiapine) $4.6 billion Antipsychotique utilisé pour le traitement de la schizophrénie, désordres bipolaires et dépression Mars, 2012
Merck Singulair (montelukaste) $4.6 billion Asthme et allergies saisonnières Aout, 2012
Shionogi, AstraZeneca Crestor (rosuvastatine) $4.4 billion Réduit le cholestérol et prévient les attaques cardiaques Novembre, 2016
Eli Lilly Cymbalta (duloxetine) $3.7 billion Dépression et anxiété Juin, 2013
Abbott Laboratories Humira (adalimumab) $3.5 billion Anti-inflammatoire utilisé dans les maladies auto-immunes comme l’arthrite rhumatoïde et la maladie du Crohn Décembre, 2016

Sources : IMS HealthPfizerUS Patent Office ; Reuters

Pour l’Europe, la situation est la suivante :  

Firme

Composé

Recette

Maladie

Date d’expiration du brevet

Novartis Diovan (inhibiteurs de l’angiotensine II) $ 6.6 billion Pression artérielle Septembre 2012
Novartis Gleevec (Imatinib mesilate) $4.3 billion Chronic Myelogenous Leukaemia (CML) Janvier 2015
Sanofi-Aventis Lantus (insulin glargine) $4.16 billion Diabète Décembre 2011
Novartis Lucentis (ranibizumab) $1.5 billion Dégénérescence maculaire Juin 2020
Novartis Zometa (zoledronic acid) $1.5 billion Cancer et  ostéoporoses Septembre 2012
Novartis Femara (létrozole) $1.4 billion Traitement adjuvant du cancer du sein Juin 2011

Sources : http://www.uspto.gov/patents/resources/terms/156.jsp     http://store.businessmonitor.com/article/339665

Concernant le concept de l’innovation ouverte, certaines des entreprises pharmaceutiques l’ont adopté, mais avec des précautions.

En 2009, Eli Lilly a annoncé la mise en place d’une initiative « Phenotypic Drug Discovery » (https://pd2.lilly.com/pd2Web), qui met leurs analyses et leurs expertises à la disposition des établissements universitaires, à des collaborations nouvelles (https://openinnovation.lilly.com/dd/about-open-innovation/index.html) ; une autre appelée « Open Innovation Drug Discovery interface » ou Lilly TB Drug Discovery Initiative (TBDDI) essaye d’accélérer la découverte de médicaments à un stade préclinique et à identifier les plus efficaces contre la tuberculose. D’autres se sont mises à la création des plateformes de type innovation ouverte comme Pfizer ou GlaxoSmithKline qui en 2010 a créé une organisation non-profit appelé « Tres Cantos Open Lab Foundation » (http://openlabfoundation.org/campus.aspx) afin de stimuler le flux des idées surtout sur les maladies parasitaires. Ces initiatives sont complètement non-traditionnelles surtout venant des compagnies pharmaceutiques. Y a-t’il une face cachée à ces actions ? Ces initiatives sont–elle vraiment dans les deux sens ? D’après Chesbrough, le père du concept d’innovation ouverte, OI est une route à deux sens. Il devrait y avoir un sens du l’extérieur à l’intérieur et vice-versa. La plupart des personnes pense qu’au premier sens, sans prendre en compte le deuxième.

Un autre exemple est représenté par Novartis, la compagnie pharmaceutique suisse, qui a réuni l’expertise interne et externe afin de créer de nouveaux débouchés. Sa structure organisationnelle a été spécialement conçue avec « des frontières perméables» qui facilitent le travail des différentes équipes dans toutes les disciplines, les fonctions, les géographies et les frontières de l’entreprise. Afin de poursuivre ses efforts de recherche et de développement, la société établit régulièrement des alliances stratégiques avec d’autres acteurs de l’industrie et institutions. Les leaders universitaires sont également encouragés à cultiver des relations extérieures dans toute l’industrie (un exemple révélateur est la mise en place des contrats de travail codirigé entre Novartis et un partenaire). Un exemple de la production de ce type d’approche collaborative est son premier médicament contre le cancer, le blockbuster Gleevec®[2]. Si on regarde le cas Novartis, l’approche « innovation ouverte » porte déjà ses fruits. Et la liste reste ouverte.

C’est aussi à vous chers lecteurs et lectrices du MTI Review de rendre cette liste plus complète !

Toujours dans le but de renforcer l’innovation « ouverte », en 2008, la Commission Européenne lance le programme « Innovative Medicines Initiative (IMI) » (http://www.imi.europa.eu) qui a comme but l’expansion à grand échelle du partenariat public-privé entre la Commission européenne et la Fédération européenne des Industries et Associations Pharmaceutiques (EFPIA). « Avec un budget total de 2Mds€, l’IMI vise à stimuler le développement de nouveaux médicaments à travers l’Europe par la mise en œuvre de nouvelles initiatives de collaboration entre les grandes sociétés pharmaceutiques et d’autres acteurs clés dans l’écosystème de soins de santé, à savoir, les institutions académiques, les petites et moyennes entreprises, les patients et les autorités réglementaires » 3 afin de développer des nouveaux bio-marqueurs et des centres centré sur des maladies spécifiques qui peuvent les valider.

Le concept d’échec ou de succès de cette approche dite « ouverte » dans l’industrie pharmaceutique est  discutable. On ne peut pas vraiment comparer des actions qui ont eu lieu dans des laps de temps non-superposables. Cependant, cette comparaison reste possible si elle est faite à partir du moment où les compagnies pharmaceutique ont adopté ce type d’approche, bien évidement en laissant le temps d’environ 15 ans pour qu’un nouveau produit sorte sur le marché. Mais, celles qui ont pris la décision de le faire avec tous les risques qui en découlent, se donnent la chance d’exister encore dans les années à venir.

 

SOURCES :

[1] Fredric J. Cohen Macro trends in pharmaceutical innovation, Nature review, 2005 (78) Vol 4.

2. Cross, Rob, Jeanne Liedtka and Leigh Weiss. “A Practical Guide to Social Networks.” Harvard Business Review. March 2005.

3 M Goldman, The Innovative Medicines Initiative: A European Response to the Innovation Challenge, 2012(91) NUMBER

 

https://www.mckinseyquarterly.com/The_search_for_blockbuster_drugs_1474

http://www.forbes.com/sites/johnlamattina/2012/10/12/the-difficulties-in-predicting-blockbusters/

https://www.mckinseyquarterly.com/Health_Care/Pharmaceuticals/A_wake-up_call_for_Big_Pharma_2897

http://deloitte.wsj.com/cio/2012/09/24/henry-chesbrough-on-open-nnovation/?KEYWORDS=innovation


 

 

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3 comments

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  1. Tods Outlet 17 novembre, 2012 at 08:31 Répondre

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    • Mitrofan 17 novembre, 2012 at 12:39 Répondre

      Could you be more explicit? After your comments you seem to be acquitted with the environment. Am I wrong? We would like to make and have constructive comments and criticisms via our articles on the MTI review.
      Kind regards
      The author

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