L’Asie du Sud-Est : le nouvel eldorado des startups ?


La Silicon Valley a longtemps été considérée comme un lieu incontournable pour l’entrepreneuriat et l’innovation. Or depuis les années 2000, on observe un flux migratoire croissant des entrepreneurs vers l’Asie du Sud-Est avec comme objectif de créer leurs propres startups. D’horizons divers, le melting pot regroupe des Français, Américains, Allemands, Italiens, Polonais, et Britanniques pour en citer quelques uns. Certaines startups comptent parfois jusqu’à 22 nationalités différentes. Mais quelles sont les particularités de cette région aussi lointaine et peu médiatisée ?

L’Asie du Sud-Est est une région où l’innovation parle d’elle-même. En plein boom économique, les grandes villes sont en constante mutation, le paysage et les infrastructures évoluent d’un mois sur l’autre. On sent que la région est en train de croître à grande vitesse. Le dynamisme est tel, que certains pays comme les Philippines ont une croissance comparable à la Chine[1] en 2014.

Alors que les entrepreneurs se sont lancés dans une course effrénée à la création de startups, plusieurs milliers d’entre eux, dont certains venus tout droit de la Silicon Valley, se sont installés dans la région afin de concrétiser leur rêve. Mais en quoi l’Asie du Sud-Est s’apparente à la Silicon Valley ?

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Dans un article de la BBC[2], Michael S. Malone et Vivek Wadhwa expliquent le succès de la Silicon Valley comme la résultante de son histoire et de sa culture. Forte de ses 70 ans d’existence, la région a accumulé des compétences technologiques, la présence d’infrastructures notamment d’universités prestigieuses, ainsi qu’une grande communauté de capital-risqueurs. Mais cette dynamique s’est surtout construite avec la culture du risque de la région où la population est toujours prête à mettre en œuvre de nouvelles idées. Par ailleurs, la diversité culturelle du hub constitue également un facteur clé – 52% des startups américaines ont été créées par des immigrés[3]. Les étrangers, attirés par la culture innovante de la région, émigrent et innovent à leur tour ce qui créé un cercle vertueux. Enfin, l’économie du partage est au cœur de l’écosystème où les entrepreneurs en étroite collaboration s’échangent idées, informations, conseils et contacts. Brad Templeton ajoute à la liste de critères le rôle du gouvernement dans le financement des startups et le climat californien.

L’Asie du Sud-Est présente plusieurs de ces facteurs, ce qui laisserait penser qu’elle pourrait être le prochain écosystème de startups, si elle ne l’est pas déjà. Zoom sur ce phénomène :

  • L’explosion du nombre d’internautes

La pénétration de l’Internet en Asie du Sud-Est est de 32% en 2014 et prévoit de passer à 48% en 2017[4]. Parmi les usagers d’Internet, de plus en plus surfent depuis un smartphone. GfK[5] estime que le taux de ventes de smartphones entre 2011 et 2012 varie entre 42% à 326% selon le pays. L’accès à Internet depuis le téléphone serait en effet plus pratique que depuis les ordinateurs portables dans les pays en développement.[6] Des actions publiques ont également été mises en œuvre pour favoriser l’accès à la technologie par tous. Par exemple, le gouvernement malaisien[7], a mis en place en 2013 des bons d’achat de 200 RM (48 €) valables sur une sélection de smartphones 3G pour les jeunes malaisiens. Cette explosion du nombre d’internautes est une condition sine qua non pour développer une startup en ligne mais également pour communiquer avec la population une fois que le produit ou service sera mis sur le marché.

  • Les gouvernements à l’écoute des startups

Plusieurs gouvernements de la région ont lancé des mesures d’incitation à la création d’entreprises. Si l’on prend le cas de Singapour, le gouvernement cherche à simplifier les procédures de création de startups. Ces dernières peuvent bénéficier d’un taux d’imposition du revenu des particuliers équivalent à 1/5 de celui de la Silicon Valley, de subventions, et d’espaces de co-working. Ces aides ont donné naissance à 11 000 startups singapouriennes entre 2002 à 2009.
Le soutien du gouvernement est donc un critère non négligeable dans le choix du pays où démarrer une startup.

  • Quand les investisseurs rencontrent les startups innovantes

L’Asie du Sud-Est regorge d’investisseurs prêts à investir dans les startups innovantes. Originaires de la région ou de l’étranger, ils sont de plus en plus nombreux. Le nombre de Business Angels dans la région atteint presque les 900. A Singapour, on peut compter une centaine d’investisseurs avec entre autres Sequoia Capital et DCM. En Thaïlande, Vietnam et Philippines, on observe le même phénomène avec l’apparition de capital-risqueurs tels que InVent du group Intouch, Ardent Capital, DFJ Vina Capital, IDG Ventures ou encore le Japonais CyberAgent Ventures. Les investisseurs sont donc une autre source de financement fondamentale, à prendre en compte en plus de celle du gouvernement.

  • Dispositifs d’incubation et d’accompagnement

Le nombre d’incubateurs et d’accélérateurs de l’Asie du Sud-Est dépasse la cinquantaine. Ces acteurs ont un rôle clé dans le développement des startups. Leur accompagnement se traduit par la mise à disposition d’espaces de travail, d’apports financiers mais aussi de contacts et des séances de coaching. Parmi les nombreuses structures d’aide au développement des startups, l’accélérateur singapourien The Joyful Frog Digital Incubator (JFDI) fait partie du top 5 des incubateurs dans le monde[8]. On pourrait penser que la multiplication des incubateurs et des accélérateurs engagera un cercle vertueux dans la création de startups.

  • Communautés en ligne et networking

Avec l’arrivée des réseaux sociaux, on observe un nombre croissant de communautés d’entrepreneurs en ligne. A Jarkata, une trentaine d’entrepreneurs avaient l’habitude de se réunir en 2010 autour d’un café pour échanger sur l’innovation, désormais la communauté compte plus de 200 personnes, et porte le nom de Startup Lokal. De même aux Philippines, on retrouve plusieurs communautés tels que Roofcamp, Open Coffee Wednesday ou encore Mobile Monday. Le Vietnam a également sa communauté en ligne d’entrepreneurs, le Launch group. Le networking est un autre facteur à considérer pour ceux qui souhaitent créer leur entreprise. Les entrepreneurs peuvent ainsi bénéficier de conseils, de contacts et d’un regard critique des membres de la communauté.

  • Immersion dans la culture du travail asiatique

En Asie du Sud-Est, on ne chôme pas. Le rythme de travail est soutenu et tout est aménagé pour. A titre d’exemple, les centres commerciaux sont ouverts du lundi au dimanche de 10h à 22h. Les infrastructures des grandes villes sont, pour la majorité d’entre elles, équipées de Wi-Fi où les entrepreneurs peuvent travailler quand ils le souhaitent, où ils le souhaitent. Selon un rapport de Startup Genome, les startups singapouriennes sont celles qui passent le plus de temps au boulot au monde. Ainsi, la culture du travail a un effet stimulant et impose une cadence de travail soutenue.

  • Cadre de vie paradisiaque : entre palmiers et plages tropicales

Après l’effort… le réconfort! Le cadre de vie qu’offre la région du soleil levant ne laisse pas les gens indifférents. Plus d’un tombe sous le charme de sa beauté naturelle. Situés à 1-2 heures de vol des capitales, les plages paradisiaques, les montagnes et la nature à perte de vue permettent de bien recharger ses batteries.

L’Asie du Sud-Est bénéficie donc d’un grand nombre d’atouts qui favorisent la création de startups. Tout comme la Silicon Valley, la région connait de plus en plus d’immigration qui cherche à faire partie de l’écosystème entrepreneurial. Toutefois, gardons à l’esprit que la région fait face à plusieurs challenges : les pôles de recherche et d’enseignement, nécessaires à l’approfondissement et à la formation aux processus d’innovation, restent à se développer. Un autre challenge est celui de la barrière culturelle. Cette région est riche en diversités culturelles en raison de ses traditions, ses langues et ses coutumes bien ancrées. La culture asiatique du Sud-Est est ainsi très hétérogène d’un pays à l’autre voire d’une ville à l’autre. Une immersion totale et le respect de la culture locale sont donc nécessaires.

Mais si vous avez l’âme d’un entrepreneur et que l’étranger ne vous fait pas peur, n’attendez plus.

Illustration : Nicolas Rolland


Bibliographie

[1] http://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2014/04/07/east-asian-economies-expected-to-grow-at-a-stable-pace-in-2014

[2] http://www.bbc.com/news/technology-26041341

[3] http://www.forbes.com/sites/singularity/2012/07/11/the-real-secret-behind-silicon-valleys-success/

[4] http://blogs.wsj.com/digits/2014/07/10/southeast-asia-e-commerce-set-to-boom/

[5] http://thenextweb.com/asia/2012/09/17/gfk-southeast-asia-smartphone/

[6] Boston Consulting Group report: “Through the Mobile Looking Glass: The Transformative Potential of Mobile Technologies”, April 2013

[7]http://thenextweb.com/asia/2012/12/28/malaysian-government-to-open-registration-for-smartphone-rebates-from-january-1/

[8] http://www.theneweconomy.com/technology/the-top-five-incubators-from-around-the-world

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Alice Yoeurp

Alice Yoeurp

Alice souhaite participer à l’amélioration des pratiques managériales des organisations notamment celles à dimension internationale. Très attirée par l'étranger, elle a vécu dans plusieurs pays notamment en Malaisie. L’Asie du Sud-Est l’a fascinée par son dynamisme et sa diversité culturelle. Cela n’a fait que renforcer son envie d’étudier et de résoudre les problèmes liés au choc des cultures dans la vie courante tout comme professionnelle, et son impact dans le fonctionnement d’une organisation. Contactez Alice : alice.yoeurp@gmail.com

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