L’innovation ouverte, source unique de changement ? D’autres actions qui favorisent l’innovation


Dans le cadre de l’industrie pharmaceutique, une excellente source de changement et d’innovation est l’acquisition des nouvelles compagnies (e. g. l’acquissions du Genentech par Roche)[1]. D’après Jean-Jacques Garaud (PDG de Roche Pharma Recherche et Early Development), en achetant Genentech, Roche a voulu maintenir la diversité des approches dans la recherche et le développement préclinique de ces deux organisations, afin de permettre et de protéger l’innovation.

Au Genentech, l’organisation est appelée « Genentech recherche et développement préclinique » (gRED), tandis que chez Roche, l’organisation équivalente est appelée « Pharma recherche et développement préclinique » (pRED). Les deux organisations, gRED et pRED, sont également complétées par un réseau mondial de partenaires. Un des avantages majeurs dans l’acquisition du Genentech a été la réalisation de bénéfices substantiels et de synergies opérationnelles. L’indépendance des deux «REDs» est cruciale pour assurer un bon mélange de modalités thérapeutiques et de plateformes technologiques. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de communication entre les deux structures : Roche a voulu profiter de l’expertise des deux organisations et assurer le transfert des connaissances et le partage des plateformes technologiques dans certains domaines.

Concernant les technologies innovantes, Roche possède une technologie exclusive qui permet de générer des anticorps qui ont une fonctionnalité ciblée, rendant les thérapies anti-tumorales encore plus efficaces. Dans ce contexte s’inscrivent les nouvelles méthodes d’ingénierie  des protéines et d’anticorps qui ciblent spécifiquement les cytokines cytotoxiques immunomodulatrices du stroma tumoral. Un autre domaine innovant est représenté par les siARN : le défi est ici de cibler spécifiquement la cellule ayant comme but de rendre silencieuse la cible concernée. L’intégration des deux aspects en une approche combinée permet de construire des structures contenant des anticorps et des siRNA qui adressent les cellules cibles sans détruire le tissu ou l’organe. Etant donné que cette prise en compte du microenvironnement tumoral n’a été vraiment utilisée que récemment dans le développement de nouvelles thérapies, nous pouvons comparer cette approche à une des visions de Jules Verne qui sera peut-être effective dans un temps beaucoup plus court.

D’après un article publié par Anna Pettersson et August Vlak en mai 2011[2], les auteurs affirment que la réussite est inversement proportionnelle à la taille de l’entreprise. En dépit de dépenses faramineuse en R&D, la découverte de nouveaux médicaments a été en baisse pendant plus d’une décennie. L’idée que les auteurs proposent est que les grandes entreprises pharmaceutiques se mettent à détenir des portefeuilles de produits plus importants qu’avant, augmentant ainsi la bureaucratie et diminuant logiquement l’efficacité dans l’innovation. En conséquence, la capacité à générer des idées nouvelles et prendre des décisions d’investissement astucieuses n’a pas augmenté proportionnellement aux ressources, voire a diminué. Le taux de découverte de nouveaux médicaments au cours des dix dernières années a été si mauvais qu’un des cadres dirigeants d’un grand groupe pharmaceutique a surnommé cette période la «décennie perdue». Certaines grandes organisations de R&D ont commencé à créer des unités plus petites et plus responsables, mais qui, seules, se sont révélées insuffisantes. En 2008, GlaxoSmithKline PLC, tel que rapporté par le Wall Street Journal le 1er Juillet, 2010, a divisé sa fonction recherche et développement en petits groupes d’au maximum 80 scientifiques dans une tentative de recréer l’atmosphère innovante et les étroites relations de travail d’une start-up. En quelque sorte GSK essaye l’adoption du modèle économique de la Silicon Valley, où la communication se fait d’une manière plus efficace et engendre plus d’idées innovantes.

Bien que ces approches aient contribué à une recherche plus efficace et donc méritent une attention, elles n’ont pas été en mesure de promouvoir et de favoriser les nouvelles idées qui peuvent conduire à la découverte de médicaments plus efficaces. La conclusion des auteurs a été que dans la plupart des efforts de R&D, les idées révolutionnaires proviennent du travail des scientifiques individuels qui connectent leur propre expertise profonde dans un domaine avec des idées d’une autre discipline.

 

Le mélange des technologies dans la naissance de nouvelles approches et idées

Dans un discours prononcé en 1922, « Comment j’ai créé la théorie de la relativité », Albert Einstein a prouvé sa perspicacité dans la résolution de la problématique à ses discussions avec l’ingénieur suisse/italien Michele Besso, avec qui il a « lutté contre ce problème. » D’après W Duggan, le plus créatif des scientifiques est celui qui arrive à proposer des idées nouvelles sur la base de son expertise et des avancées provenant d’autres disciplines, en recombinant des faits et des idées en idées nouvelles[3].

Si jusqu’à présent seulement l’expérimentation pratique pouvait conduire à une conclusion concernant un produit potentiellement thérapeutique, de nouvelles approches faisant appel à des techniques de bioinformatique et de larges bases de données ont gagné de plus en plus d’adeptes. On passe des méthodes in vitro ou in vivo à des méthodes in silico et prédictives. L’avantage majeur de ces approches est de pouvoir faire un screening d’une gamme très large de produits, avec un coût minimal. Bien évidemment, l’expérimentation directe ne peut pas être complètement éliminée, mais elle intervient dans des étapes intermédiaires, voire finales.

 

 

 


[1] Jean-Jacques Garaud, Head of Roche Pharma Research and Early Development, Roche, Basel, Switzerland, Nature Reviews Drug Discovery 2010(9), 588.

[2] A.Pettersson and A.Vlak ; The Missing Link in Innovative Research; When the pipeline of technological breakthroughs has stalled, especially in industries like pharmaceuticals, midlevel managers may hold the key to R&D productivity, Published: May 30, 2011; http://www.strategy-business.com/article/00077?gko=a8008

[3] William Duggan, How Aha! Really Happens, 2010(Issue 61), Strategy+Business magazine is published by Booz & Company Inc 101 park Ave., 20th Floor, New York, NY 10178; ( WD teaches strategy and leadership at Columbia Business School)..

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