Monnaies Locales Complémentaires (MLC) : moyen alternatif d’entraide social solidaire


Pendant que d’autres se préoccupent d’avoir le nouvel iPhone, d’autres se demandent comment ils vont parvenir à nourrir leur famille. Tel est le constat éthique alarmant qui sensibilise certains acteurs de l’économie solidaire (associations, coopératives, mutuelles-banques, fondations et syndicats) les poussant à agir aujourd’ hui toujours plus massivement et de façon toujours plus innovante.

Alors qu’ est-ce que l’économie solidaire et est-ce un nouveau concept d’entraide? L’économie solidaire est née tout comme l’économie sociale à la fin du XIXème siècle dans le but d’apporter une infrastructure sociale de qualité aux plus démunis. Ce concept n’est donc pas vraiment nouveau. C’est sous les effets néfastes de la crise financière sur notre pouvoir d’achat que nous avons vu le terme réapparaître  Crise des subprimes, crise de crédit et de liquidité, placements à haut risque, tous ces termes ont en commun d’avoir impacté considérablement la répartition des richesses produites.
Des solutions d’entraide existent pour venir en aide à ceux laissés en marge du système bancaire classique.
Nous prendrons l’exemple des monnaies locales complémentaires comme nouvel instrument d’échange innovant.

SEL et SOL : entre commerce équitable et insertion par l’activité économique
Les monnaies locales complémentaires ont pour but de redonner un sens à la monnaie comme outil d’échange de biens et de services. Elles ont pour objectif de sensibiliser l’opinion publique aux dérives de notre système monétaire. Spéculation et écart de richesse accrue entre classes sociales sont les maux de ce système, entré en récession depuis quelques années. Comme le souligne le philosophe Patrick Viveret:

moins de 3% des flux sur les marchés financiers concernent l’échange de biens et de services réels, le reste, soit plus de 97% tourne en rond dans l’économie spéculative ».

Facile alors de comprendre l’émergence de monnaies alternatives, non pas comme monnaie de substitution à la monnaie traditionnelle mais bien comme monnaies locales visant à réorienter les échanges vers des consommations plus écologiques, plus utile socialement parlant.

Le principe des SEL « Systèmes d’échanges locaux », nouvelle forme d’échange innovant à grande
portée sociale.
Imaginez-vous possible l’implémentation d’un système monétaire parallèle qui viserait à soutenir l’économie locale en redonnant du sens à l’argent, en favorisant les échanges et les services ? Et bien oui, il est possible de payer en radis, bretzels, fruits et légumes du potager contre du temps de formation et d’apprentissage. S’échanger de l’aide en informatique contre une leçon de mathématiques ou un arrosage de plantes contre un baby-sitting  Tout s’échange, toutes les compétences se transforment. Le principe de fonctionnement des SEL (LET’s : Local Exchange Trading en anglais) est très simple. Il n’est pas ici question d’évasion fiscale, de concurrence déloyale ou d’éviter les taxes sur les échanges de biens et de services mais bien de subvenir aux besoins de personnes n’ayant pas forcément les moyens de se payer de tels services si l’économie solidaire n’existait pas. En Allemagne par exemple il existe une dizaine de monnaies régionales de façon à ce que chaque région puisse instaurer une économie locale via la structuration de petits pôles d’éco-citoyenneté par les administrations fiscales. Chaque SEL met en place un catalogue informationnel aux membres du réseau. Le principe est de permettre aux membres d’annoter leurs offres et demandes de services en tout genre. Au-delà de la réalisation de tâches mutuelles entre différents membres, il y a de la création de lien social au travers du montage d’évènements en tout genre (diner de Noël, œuvres caritatives)

Des actions mondiales d’entraide pour faciliter les liens sociaux :
Il existe de par le monde plus de 5000 monnaies locales

  • L’exemple brésilien : l’insertion par l’activité économique du développement et de l’emploi est une réalité quotidienne au Brésil. Le système du Banco Palmas consiste à instaurer depuis 1998, l’usage d’une monnaie complémentaire locale « Palmas » combinée avec le principe du micro-crédit (accès aux banques pour les plus démunis) pour créer des sources d’emplois nouvelles. Ce vaste programme d’aide à notamment permis de créer 1500 emplois dans un quartier (Palmeiras de Fortaleza) qui était jusque-là privé d’eau, d’électricité et de transports.

 

  • L’exemple japonais du « Fureai Kippu » consiste à échanger des heures de bénévolat aux personnes âgées. Des moyens nouveaux donc de financer l’aide à la personne qui rentre dans une logique d’accompagnement et de coopération si utile dans ces périodes d’instabilité conjoncturelle touchant les plus pauvres d’entre nous.

 

  • La naissance du SEL en France : c’est à Strasbourg que le SEL est né en 1996, un indice multiplicateur fort puisque à l’heure d’ aujourd’ hui en France on compte 500 SEL

Le Projet SOL : Toulouse, la ville des précurseurs en matière de solidarité
Abréviation de Solidaire, le projet SOL est un projet regroupant un consortium d’entreprises et partenaires qui conçoivent le fait d’utiliser la monnaie comme moyen et non comme fin en soi. Le principe est de réinjecter l’argent issu du travail collaboratif inutilisé comme monnaie fondante (le demeurage correspond au coût de stockage de la monnaie, la monnaie perd un peu de valeur si elle n’est pas utilisée dans les trois mois) au sein de projets d’utilité sociale et écologique. Chaque euro échangé sous forme de SOL est déposé au Crédit municipal qui lui se charge d’accorder des
microcrédits. C’est ce qu’a entrepris la ville de Toulouse depuis 2011 en instaurant la règle suivante : 1 euro échangé contre 1 SOL « violette » permet de générer des échanges sociaux et écologiques entre une centaine de commerce (producteurs biologique, commerce équitable).

On distingue 3 volets d’échange :

  • La coopération inter-entreprises de l’économie sociale et solidaire (Sol Coopération)
  • L’engagement dans des activités d’entraide (Sol Engagement)
  • Les politiques sociales à travers une monnaie affectée (Sol affecté)

Pour connaitre la liste des monnaies locales:
http://monnaie-locale-complementaire.net/

 

Sources :
– Patrick Viveret, La Cause humaine, 2012
– Tristram Stuart, La grande sur-bouffe, pour ne finir avec le gaspillage alimentaire, 2012
– Azimut, magazine hiver du Crédit Mutuel, 2012-2013

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