Une nouvelle piste thérapeutique pour lutter contre l’obésité


Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), près de 500 millions de personnes sont touchées par l’obésité, doublant ainsi les chiffres de 1980. Cette maladie multifactorielle, liée à un déséquilibre énergétique entre les calories consommées et dépensées, se traduit par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30. Elle est également associée à une altération neuronale dans l’hypothalamus, glande endocrine située à la base du cerveau, qui régule les grandes fonctions du corps humain telles que la faim, la soif ou la température corporelle.

La principale cause de l’obésité est l’hyperphagie, une sensation de faim incontrôlée qui se traduit par une prise alimentaire supérieure aux besoins journaliers. La particularité de cette maladie réside dans la concentration de ghréline, une hormone sécrétée par l’estomac qui régule la sensation d’appétit chez l’homme. En tant normal, son taux plasmatique est élevé avant les repas et tend à diminuer après ceux-ci. En revanche, chez les personnes obèses, sa concentration est paradoxalement normale voire légèrement inférieure à celle des individus normaux.

L’unité mixte de recherche « Nutrition, Inflammation et dysfonction de l’axe Intestin-Cerveau » de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) dirigée par le professeur Pierre Déchelotte, a tenté d’expliquer comment ce sentiment de satiété est retardé chez certains patients souffrant d’obésité. Leurs résultats ont été publiés ce 25 octobre dans la revue Nature Communications.

Leurs travaux ont mis en évidence la présence d’anticorps aux propriétés particulières chez les patients obèses. Ces anticorps, également appelés immunoglobulines, présentent une affinité prononcée avec la ghréline et la protègent contre les dégradations rapides qui ont lieu habituellement. Ainsi, la quantité d’hormones arrivant jusqu’au cerveau va être plus importante entraînant une stimulation plus longue de l’appétit. Les patients obèses porteurs de ces anticorps ne peuvent donc pas limiter leur prise alimentaire.

Ces interactions moléculaires ont tout d’abord été démontrées in vitro puis confirmées chez le rat. L’administration de ghréline chez l’animal couplée à des immunoglobulines présentes dans le sang des patients obèses  stimulait la prise alimentaire, la fréquence des repas et l’IMC du rongeur. Des résultats similaires ont été obtenus lorsque l’hormone était couplée à des immunoglobulines provenant cette fois-ci de souris génétiquement obèses. En revanche, les chercheurs ont observé une régulation de l’appétit chez l’animal lorsque la ghréline était injectée seule ou associée à des immunoglobulines provenant de personnes ou de souris non atteintes d’obésité. Ces résultats sont de bon augure et laissent présager qu’une meilleure connaissance des mécanismes d’actions de ces immunoglobulines pourrait permettre de moduler l’activité biologique de la ghréline chez les patients obèses.

Cette grande découverte pourrait permettre de mieux appréhender l’origine de l’obésité. Elle pourrait également servir de point d’ancrage dans la lutte contre les troubles inverses du comportement alimentaires tel que l’anorexie dont la concentration de ghréline est anormalement élevée. Pour rappel, l’obésité engendre des risques importants de maladies chroniques telles que les maladies cardio-vasculaires, le diabète et certains cancers.

Source: Sergueï O. Fetissov et al. Anti-ghrelin immunoglobulins modulate ghrelinstability and its orexigenic effect in obese mice and humans, Nature Communications, Article number:2685, October 25th 2013

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