Protection sociale des ingénieurs, un frein à l’innovation ?


Dans une tribune publiée par La Fabrique de l’Industrie (Think Tank dédié aux enjeux industriels), Olivier Coste (CEO de VideoDesk et ancien Président d’Alcatel-Lucent Mobile Broadcast), posait la question de savoir pourquoi l’Europe n’avait elle pas ses propres sucess-stories telles que Microsoft, Apple, Google et Facebook que l’on retrouve outre Atlantique ?

A première vue, l’Europe n’est pas en reste en matière de formation d’ingénieurs de qualité, de centre de recherches universitaires, de capitaux disponibles et dispose même du plus grand marché intérieur au monde. Cependant, selon Olivier Coste le problème serait intimement lié aux coûts engendrés lors d’une éventuelle réduction d’effectif dans la zone européenne. En effet les coûts semblent bien différents entre les différentes zones du globe : « Aux Etats Unis ou au Royaume-Uni, 25 000 à 40 000 € par personne. En Europe continentale, 100 000 € par personne pour des activités industrielles peu qualifiées, 150 000 à 200 000 € par personne pour des activités de R&D très qualifiées. » La majeure partie de ces coûts proviennent d’activités à perte pendant les 10/18 mois nécessaire à la mise en œuvre des réductions d’effectifs et non pas aux indemnités versées aux salariés.

Afin d’illustrer cet argument, l’exemple du Wimax est cité. Le Wimax était une activité prometteuse en 2005 dans la technologie de communication sans fil à haut débit. Pour le développement de cette technologie, l’investissement nécessaire est d’environ 100 m€ par an, soit 1000 ingénieurs coûtant en moyenne 100 000 € par an en Europe. En 2008, une technologie concurrente américaine (3G LTE) provoque l’effondrement des perspectives du Wimax. Licencier 1000 ingénieurs en Europe a un coût de 200 m€, contre presque rien pour le reste du monde…

Quel dirigeant va prendre le risque en 2005 d’investir en Europe sur une technologie encore incertaine ? S’il a le choix, il va évidemment imposer cette triste règle : interdit de recruter, interdit d’investir en Europe continentale sur des projets prometteurs mais risqués.

En résumé le frein principal aux innovations de ruptures européennes reposerait sur le fait que pour une grande entreprise de High-tech le simple fait de recruter des ingénieurs en Europe serait illogique.

Sur des activités aussi volatiles que la high-tech, il est déraisonnable pour une grande entreprise mondiale d’investir en Europe, il est également déraisonnable pour un fonds de capital risque d’investir dans des startups en Europe, du simple fait que le coût de l’échec est nettement plus élevé qu’ailleurs dans le monde. Donc l’innovation se fait ailleurs.

Afin de palier à ce problème, l’idée retenue est de faire évoluer notre modèle social. L’objectif serait donc de lever certaines protections sociales pour les ingénieurs travaillant dans des domaines risqués et incertains. D’autre part, une telle réforme ne serait elle pas, par la même occasion, une mesure de justice sociale ? En effet, les ingénieurs font partis des employés les plus qualifiés et n’auront aucun mal à retrouver un travail. Finalement, pourquoi leur octroyer de généreuses indemnités de licenciement et de chômage ?

Ne   pourrions-nous   pas   tenter   une   réforme   qui   apporterait   plus   de   justice   sociale,   redynamiserait l’innovation en France  et  ne  coûterait  rien  aux  finances  publiques ?  Pourrions-nous  trouver  le  chemin d’une telle évolution sans effrayer   les   partenaires   sociaux   et   les   salariés   du   pays   ?   Pourrions-nous   préserver  les  protections  légitimes  des  cols  bleus  et  redynamiser  les  activités  des  cols  blancs  ? 

Source:

http://www.la-fabrique.fr/Point_de_vue/laissez-moi-embaucher-des-ingenieurs

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