Psychologie et innovation: quand notre raisonnement nous empêche d’innover


Pourquoi est-ce parfois si difficile d’innover ? Malgré l’extraordinaire capacité d’imagination de notre esprit, il nous est parfois difficile de réfléchir différemment et d’explorer de nouveaux champs d’innovation quand en vient la nécessité.

La raison en viendrait-elle du mode de fonctionnement de notre cerveau et donc de notre façon de penser ?

Les récentes avancées en neurologie nous permettent d’avoir une idée plus précise du fonctionnement de notre cerveau et les résultats sont assez édifiants. D’après les différentes recherches menées dans le domaine notamment par le Professeur Allan Snyder au Centre for the Mind de Sydney, notre cerveau fonctionne grâce à un grand nombre d’automatismes ceci provenant de nos différentes expériences. Ces expériences permettent à notre cerveau d’effectuer des « schémas » préconçus d’analyse ou de réalisation de certaines tâches nous permettant de les effectuer de façon inconsciente. Ainsi, il nous paraît tout à fait normal de traverser la route tout en téléphonant sans forcément avoir recours à notre esprit conscient (sauf pour regarder si les feux sont verts bien sûrs).

Les magiciens et autres prestidigitateurs sont sans doute ce qui savent le mieux tirer profit de ces automatismes qui nous empêchent de voir le monde tel qu’il est. Apollo Robins par exemple, l’un des artistes pickpockets les plus connus au monde, dit toujours que la « magie » repose sur la manipulation de l’attention des spectateurs afin de leur faire croire ce qu’il veut leur faire croire et voir ce qu’il veut leur faire voir.

En quoi le mode de fonctionnement de notre cerveau peut-il nous éclairer sur les éventuels effets de fixation nous empêchant parfois d’innover ?

Et bien tout simplement car ce mode de fonctionnement nous prouve exactement à quel point nous avons besoin de « rationaliser » d’une certaine manière  le monde qui nous entoure pour pouvoir mieux nous y développer. C’est une tendance qui influence notre raisonnement  nous poussant à établir des schémas de réflexions et nous montre à quel point nous avons besoin d’automatiser notre réflexion afin d’évaluer le monde qui nous entoure. Un bon exemple de ce phénomène se trouve dans le domaine du management  où de nombreuses théories tentent d’établir des « schémas » d’analyse de notre environnement afin de « guider » notre réflexion.

Certes, cette automatisation de notre raisonnement possède ces bien faits (un certain nombre d’actions quotidiennes peuvent être effectuées par notre cerveau sans forcément s’en rendre compte). Mais pour ce qui est d’innover, créer la différence et donc sortir des schémas préconçus, notre cerveau ne nous empêcherait-il pas de modifier notre point de vue ?

Le fait d’analyser certaines choses de façon automatique provoque des effets de fixation nous empêchant de raisonner différemment et donc par la même d’innover. Les effets d’amorçage nous permettant d’analyser notre environnement de façon plus rapide et automatique nous empêchent ici de voir celui-ci différemment de l’image préconçue que nous en avons.

Quelle serait-donc la solution pour lutter contre ces effets de fixation inconscients ?

Différentes théories ont été élaborées pour lutter contre ces effets de fixation et pousser notre cerveau à évaluer de nouveaux champs d’innovation. On peut citer pour exemple la théorie CK d’Armand Hatchuel qui tente d’éviter les pièges de notre raisonnement en nous poussant à approfondir différemment notre point de vue mais les stratégies ne manquent pas. La question se posera ensuite sur l’efficacité ou non de ces méthodes mais celle-ci nous montre que des voies de changement de notre mode de pensée sont possibles bien qu’aucune recette miracle pour le modifier n’existe pour l’instant (ou n’est connue du grand public).

Pour conclure, cet article n’a pas pour vocation une analyse scientifique de notre mode de raisonnement d’où découlerait une conclusion logique selon laquelle notre cerveau nous empêche d’innover. Il ouvre la porte sur l’étude de notre mode de raisonnement et les automatismes de notre cerveau qui sont des sujets passionnants prêtant à débattre et auquel  cette courte analyse ne permet pas entièrement de répondre.  Cette analyse a tout de même le mérite de remettre en question l’influence de ces automatismes sur notre raisonnement et notre propension à penser différemment.

Car finalement, comment peut-on innover sans penser différemment?

Share this post

No comments

Add yours