Rencontre avec Navi Radjou et l’innovation frugale


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Mercredi 8 octobre dernier, Navi Radjou, auteur de L’Innovation Jugaad : Redevenons ingénieux !, nous a fait l’honneur de venir rencontrer la promotion MTI 2014/2015, dont il a accepté d’être le parrain. Par la suite, il a donné une conférence sur son sujet de prédilection : l’innovation frugale.

Cette rencontre mérite bien d’être partagée !

Le concept est simple, au point d’être intuitif pour les entrepreneurs des pays émergents. Il s’agit de “faire plus avec moins”. En effet, lorsque l’on dispose de trop peu, les populations n’ont plus d’autres choix que celui d’être ingénieuses.

En France, cet état d’esprit n’est absolument pas naturel : il est difficile de penser “simplement”. Les innovations proposées sont souvent très élaborées et techniques. Par exemple, dans les maternités des pays occidentaux, les bébés prématurés sont maintenus à température optimale dans des couveuses électroniques ne permettant pas à la mère de prendre son enfant dans ses bras. Navi Radjou expose alors une alternative existante dans les pays émergents : le cocon-couverture. En plus d’être bon marché ce concept supprime l’inconvénient de la distance en  offrant à la mère la possibilité de tenir son bébé.

A travers des exemples de ce type, tiré de son livre, Navi Radjou a convaincu l’assemblée de la pertinence de l’innovation frugale pour les pays occidentaux.

Navi Radjou s’est ensuite plié au jeu des questions – réponses avec les étudiants de l’Université Paris-Dauphine:

10744873_10204701252628604_234629289_nNe pensez-vous pas que l’innovation frugale est réservée à de petits entrepreneurs et aux populations des pays en voie de développement ?

Non, aujourd’hui les grandes entreprises occidentales sont confrontées à des contraintes de plus en plus fortes. Pour rester compétitives dans un contexte de crise et de montée de la concurrence en provenance des pays émergents, elles sont obligées de “faire plus avec moins”. Elles doivent se montrer agiles et flexibles et, si elles ne prennent pas le pas de l’innovation frugale, d’autres le feront à leur place. On observe une tendance similaire du côté des consommateurs qui doivent aussi apprendre à gérer de nouveaux challenges (baisse du pouvoir d’achat, crise du marché du travail, etc.). L’innovation frugale permet de créer un nouveau paradigme au niveau macroéconomique.

Comment pensez-vous qu’une entreprise puisse développer de l’innovation frugale ?

Il n’y a pas de recette magique. Quand Renault a décidé de développer la Logan en 1999, ce n’était qu’un tout petit projet. Il fallait changer les mentalités et faire accepter le low cost dans la gamme de produits existante de l’entreprise. Ce n’est pas un problème de commencer à petite échelle, l’essentiel étant que le projet doit être soutenu par la direction pour le rendre légitime. Carlos Ghosn a incarné le leadership dans ce projet.

Les grandes entreprises doivent-elles travailler avec des innovateurs jugaad et entrepreneurs sociaux pour réussir à intégrer cette philosophie dans leur processus d’innovation ?

Oui, travailler avec des entrepreneurs sociaux qui connaissent les réalités du terrain permet d’apprendre plus vite et de mieux développer le produit. General Electric a, par exemple, créé une plateforme en open source pour permettre au plus grand nombre de l’aider dans le design de certains de ses composants. La difficulté est de parvenir à apporter la flexibilité qui caractérise les entrepreneurs sociaux dans une entreprise bureaucratique.

Quel conseil nous donneriez-vous pour développer des innovations frugales ?

Votre génération a la chance d’être orientée vers l’action. Si j’ai un conseil à vous donner, ce serait de ne pas hésiter à lancer votre produit ou votre service, et d’apprendre de cette expérience. Vous avez à votre disposition une multitude d’outils comme les FabLabs, les MOOCs pour vous lancer. Le coût de l’innovation se réduit fortement, il faut en profiter !

Promo MTI 2015

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