[Spécial Shanghai] Visite du centre R&D d’Alstom Grid


Ce matin du 10 avril, c’est sous le soleil et quelques apparitions d’un ciel bleu caché derrière la pollution que nous prenons le bus direction Alstom. Le but aujourd’hui est de voir comment l’un des fleurons de l’industrie française s’implante en Chine et ce qu’il y fait.

Contexte :

Le marché chinois de l’énergie est bien évidemment stratégique puisqu’il connaît une croissance  « modérée » de 4% en 2012 (1). La Chine cherche à augmenter son efficacité énergétique et doit donc se tourner vers des entreprises ayant les compétences et une forte expérience dans ce domaine.

Motivée par des problèmes de santé publique, la Chine vient d’annoncer sa détermination de réduire la pollution liée aux énergies fossiles, en investissant dans un programme nucléaire de plus de 24 milliards de dollars.

Le développement du marché européen se tourne majoritairement vers les sources d’énergies renouvelables et la demande en énergie a baissée depuis la crise de 2008, tout ces éléments font que les entreprises qui ont des business dans les sources d’énergies non renouvelables doivent trouver des supports de croissance ailleurs que sur le vieux continent.

Présentation de l’entreprise

Nous arrivons dans la zone Alstom, studieuse et inspirante, ressemblant à un campus américain, on sent directement que les conditions de travail sont des éléments considérés par la direction.

A

Le groupe Alstom est réparti en plusieurs Business Unit, nous sommes ici dans la division « Alstom GRID », qui est notamment numéro un en network management, disjoncteurs, digital transformer et leader en technologie Smart grid, transformateur pour plateforme éolienne en Europe, etc.

Le centre technologique Alstom Grid China a été crée en 2009, le laboratoire fut opérationnel en 2011 et compte actuellement 100 employés.

L’activité principale est le test des équipements de haute tension (HV).

Mission et stratégie:

  • Participer aux recherches déterminées par le comité de décision Alstom GRID,
  • Support au développement de produits au niveau local et global, tout en participant aux programmes de développements,
  • Support des unités locales pour les problèmes quotidiens,
  • Cultiver des relations académiques et industrielles en Chine, repérer les jeunes talents et être à côté des technologies de pointe pour lesquelles la Chine est leader,
  • Contribuer à la protection de la propriété intellectuelle en Chine.

 Visite de l’entreprise

Une fois le casque disposé sur nos têtes nous avons commencé notre visite. Ce qui frappe immédiatement ce sont les dimensions colossales des bâtiments, les expériences de très haut voltage ne se font pas sur une paillasse !

Les normes contraignantes, nécessitent des expériences dans des températures extrêmes, ce qui nous a permis de voir l’un des plus grands fours/réfrigérateur du monde (60m*30m*20m).

Les éléments de très haute technicité, qui permettent les expériences HV nous propulsent littéralement dans un film de Kubrick où les dimensions renforcent les formes et en fausse nos perceptions. On croit ici, que la petite porte dérobée est au bout d’un long trajet, mais en réalité seuls quelques pas nous en séparent.

B

Retour sur l’innovation

Diffusion de l’innovation : l’innovation ici se fait en « bottom-up » pour les aspects techniques et sous des directives stratégiques déterminées par les comités de décision.

Management : on constate une politique « d’empowerment » qui vise à pousser les employés chinois à ne pas faire que ce qu’on leur dit, mais à prendre des initiatives, à proposer et à innover.

Les partenariats universitaires leur permettent de trouver les meilleurs éléments selon les critères d’excellence d’Alstom.

Stratégie de « low turnover » : Alstom se positionne comme une entreprise, où il fait « bon vivre », où on travaille sur des projets innovants et passionnants, où il n’est pas nécessaire de faire des heures pour faire des heures, mais où ce qui compte est la qualité du résultat. Alstom propose une vision plus ouverte du travail que leurs concurrents, qui pense parfois que les Chinois sont les membres d’un robot qui travaillerait sans fin. Alstom capitalise sur les compétences et l’expertise de ses employés et pari sur le rendement à long terme.

La pensée du rédacteur :

« The china dilemma » ! La chine va être confrontée au dilemme de l’innovation. Pour garder la maitrise d’un pays aussi peuplé et aussi vaste, la Chine a réduit les minorités et impose une pression et un contrôle qui ne peut que nuire à la richesse culturelle et intellectuelle du pays. C’est  une des raisons qui fait que nombre de Chinois qualifiés font parfaitement ce qu’on leur demande mais ne feront pas plus et qu’ils seront moins enclins à de l’insubordination.

Imaginez un pays comme la Chine remplie de 1,3 milliard de Français ou d’Américains … le régime tomberait en moins d’un an. La Chine, pour continuer sa route, a besoin d’avoir la main sur son peuple, pour avancer, elle doit taire les détracteurs.

Loin d’être dans 1984, il est difficile d’imaginer une politique d’innovation réussie dans un pays qui ne permet pas l’ouverture au monde, aux champs d’explorations et à l’expérimentation de la liberté de pensée.

Si la chine était hier l’usine du monde, demain, elle en sera le laboratoire. Le niveau de qualifications actuel et à venir permet cette première transformation. Mais l’innovation ne sera encore trop souvent qu’aux mains des ingénieurs expatriés, ou des étudiants chinois ayant fait leurs études à l’étranger, travaillant tous deux dans des entreprises multinationales qui viennent moissonner le nouveau degré de qualification chinois.

L’innovation vient du besoin, de l’obsession, qui ne prend pas de sens dans le monde avant que celle-ci ne soit considérée comme innovation. Si les Chinois ont un sens pratique très développé et un désir de trouver des solutions aux problèmes qui les obsèdent, c’est au pouvoir politique Chinois de libérer ses modèles de pensées dogmatiques, pour qu’elle puisse retrouver le niveau d’innovation qui était le sien lors de ses siècles de gloire sous les dynasties Han et Tang.

La Chine est actuellement suffisamment forte, elle n’a pas besoin d’opérer aujourd’hui une transition qui lui permettrait de continuer sa croissance, mais ne faut-il pas qu’elle prépare déjà le virage de l’innovation aujourd’hui ? Puisque ce sont les enfants d’aujourd’hui qui seront les innovateurs de demain ! Et comment gèrera-t-elle la transition et d’éventuelles cohabitations générationnelles ? Autant de question que la Chine devra se poser pour passer sans doute du laboratoire du monde à l’innovateur du monde.

(1)http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/30/energie-la-chine-ralentit_3421305_3244.html

 

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