[Spécial Shanghai] Visite de la mission scientifique française et de Suez Environnement


Le mardi 8 avril, les étudiants du MTI ont rencontré les premières entreprises. La matinée a été consacrée à une rencontre avec Frédéric Bretar, l’attaché pour la Science et la Technologie du Consulat français de Shanghai, tandis que l’après-midi a été l’occasion de visiter les locaux de Suez dans le Shanghai Chemical Industry Park.

Le rôle de la mission scientifique française à Shanghai

Monsieur Bretar et son équipe du service pour la science et la technologie du consulat ont trois principales missions : la coordination de la coopération scientifique et technologique entre les entreprises françaises et chinoises, une veille des domaines technologiques, et l’animation de réseaux franco-chinois. Leur rôle est donc de faciliter les relations entre les entreprises et établissements de recherche français, de canaliser leurs demandes et de les orienter vers les bons acteurs en Chine.

Le paysage de la R&D et de l’innovation en Chine

A cet effet il est important de noter que 60 entreprises françaises font de la R&D en Chine dont une trentaine dans la région de Shanghai. La municipalité de Shanghai consacre d’ailleurs environ 3.4% de son PIB à la R&D. De plus, la circonscription comprenant Shanghai, Zhejiang, Anhui et Jiangsu représente 28,8% des efforts nationaux de R&D.

En termes de propriété intellectuelle, la Chine est le 1er déposant mondial, en volume, de brevet. Il en existe trois types: le brevet d’invention, le modèle d’invention et le design, le brevet d’invention étant le plus majoritairement utilisé. Si la R&D est principalement portée par le secteur privé en Chine, ce postulat est moins vrai à Shanghai qui dispose de beaucoup d’incitations publiques. Enfin, il est important de noter que la Chine, via le 12ème plan quinquennal, que 7 industries clés (technologies environnementales, IT, biotechnologies, énergies renouvelables, installations industrielles de pointe, nouveaux matériaux, automobile) ont été définies comme stratégiques et font l’objet d’une grande attention, dans le but de stimuler la croissance économique du pays.  Les universités et corps académiques jouent de même un rôle de plus en plus important dans la stimulation de l’innovation, en témoigne le rôle de l’Académie des sciences de Chine.   

Les politiques de soutien à l’innovation en Chine

Des politiques publiques d’envergure ont été mises en place à la fin des années 1990, via notamment le programme TORCH, fer de lance de la stimulation publique de l’innovation en Chine. Lancé en 1988 par le Ministère des Sciences et Technologies (MOST), le programme a pour but dès sa création de promouvoir les industries innovantes chinoises et de permettre leur exportation. Les outils développés dans le cadre du programme sont principalement des parcs technologiques, des incubateurs et des aides aux entreprises.

De nombreux mécanismes sont ainsi mis en place par les autorités chinoises afin d’inciter les entreprises locales à innover. Par exemple, de nombreux prêts sont accordés aux PME à vocation technologique par la municipalité de Shanghai. Le programme QiMingXing, lancé en 2013, finance les jeunes chercheurs et de nombreux incubateurs, environ une centaine regroupée sous une grande association, fournissent un accompagnement aux startups chinoises. De plus, il existe une importante industrie du financement en capital des entreprises chinoises, à la fois public et privé, ainsi que de nombreuses incitations fiscales.

La coopération franco-chinoise pour la diffusion de l’innovation

Les deux pays ont commencé leur collaboration au début des années 2000. Tout d’abord par une approche décentralisée menée par les villes de Montpellier et Shanghai à travers le Réseau France Chine Innovation qui a permis à quatre entreprises françaises de s’implanter en Chine et à une entreprise chinoise de s’installer dans la région montpelliéraine. En 2002 un accord a été signé entre l’ANVAR (Agence nationale de valorisation de la recherche – pré-Oséo et Bpi) avec InnoFund, un fonds chinois de soutien à l’innovation dans le cadre du CTIBO (Capacity Building of Chinese Technological Intermediary Business Organisations). Le programme COOPOL lancé en 2007 avait pour but d’internationaliser les pôles de compétitivité et de favoriser la coopération avec leurs homologues chinois. Cette coopération continue encore aujourd’hui avec notamment la signature en 2013 d’un accord de dialogue pour échanger sur les bonnes pratiques. La coopération se poursuit également dans le domaine universitaire et de la recherche, avec des échanges notamment avec l’Académie des Sciences de Chine. Un centre franco-chinois de transfert de technologie a également été créé.

L’après-midi, les étudiants du master MTI sont allés visiter le Shanghai Chemical Industry Park, un centre de traitement des eaux usées.

Le parc Suez environnement

Cette collaboration franco-chinoise s’illustre par exemple par l’implantation de l’entreprise Suez Environnement dans la région de Shanghai.

Le centre de traitement des eaux du Shanghai Chemical Industry Park se situe à une cinquantaine de kilomètres du centre ville de Shanghai. Il s’agit d’une implantation stratégique pour une usine de traitement des eaux, dans le premier centre de production pétrochimique et de gaz naturel de Chine. Ainsi, les eaux traitées par Suez Environnement et ses collaborateurs sont celles relâchées par les industries locales, généralement très polluées par les procédés chimiques utilisés par les industriels. Ces eaux, une fois traitées, seront relâchées dans la mer.

Ce centre n’est pas la propriété exclusive de Suez, mais est partagé à 50% par le consortium Sino-French Water – qui appartient lui-même à 50% à Suez Environnement – et à 50% à la société SCIP Development. Il est à noter qu’il s’agit des seuls acteurs dans le domaine de traitement des eaux sur place. Ils sont ainsi en situation de monopole.

Cette usine de traitement se décompose en trois principales stations : une de traitement classique, une réservée à l’eau déminéralisée, et une dédiée à l’épuration. La construction de ce centre de traitement a commencé en 2001 et il est devenu opérationnel en 2004. Aujourd’hui, ce sont plus de 35 000 tonnes d’eau qui sont traitées chaque jour.

Les eaux usées traitées par ce centre sont de différentes compositions :

– Les eaux domestiques générées par les employés qui travaillent sur les sites industriels
– Des eaux relâchées par les industries, toxiques, à la composition complexe
– Des eaux inorganiques, peu polluées
– Des eaux de pluies

L’acceptation d’un nouveau client par le centre de traitement dépend de deux critères : le volume à traiter et la composition des eaux. À l’aide d’un échantillon, les laboratoires déterminent la composition précise de l’eau, et décident si oui ou non le centre est en capacité de la traiter. Le cas échéant, un plan de traitement est mis en place et l’usine concernée est alors reliée au centre de traitement par un pipeline qui conduit directement les eaux usées dans les bassins de traitement.

En sortie, les boues seront incinérées par une autre filiale de Suez Environnement.

Le centre de recherche Suez sur le Shanghai Chemical Industry Park

En 2006, Suez, en collaboration avec SCIP ainsi que deux universités chinoises, ont créé un centre de recherche sur le site. Il s’agit du premier centre de recherche sur le traitement des eaux industrielles en Chine, où un docteur et huit scientifiques travaillent ensemble sur les échantillons délivrés par les clients. Ils traitent en moyenne une quinzaine d’échantillons chaque année, en suivant une méthode d’évaluation précise. Leurs recherches sont « application-oriented » et « theory-oriented », afin de répondre à la fois aux problèmes qu’ils rencontrent aujourd’hui, et à ceux qu’ils rencontreront à l’avenir.

Entre 2006 et 2013, ce sont une trentaine de projets de recherche qui ont été réalisés au sujet des eaux usées chargées en matériaux dangereux. Ce sont aussi sept brevets qui ont été déposés touchant au traitement des eaux industrielles, ainsi que plusieurs publications sur le même sujet. Le centre de recherche du Shanghai Chemical Industry Park a aussi reçu le Prix de l’Innovation de Suez Environnement en 2011.

Les recherches actuellement menées sur le site portent sur la capacité maximale de traitement du centre de traitement.

Cette première journée, forte de nombreux enseignements, a permis aux étudiants de commencer à appréhender les spécificités de l’innovation en Chine.

Article rédigé par Thibaut Lottier et Geoffrey Fostur

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