Transition énergétique : la crise parasite le message


Au début de l’année 2012, à la suite du Grenelle de l’environnement, l’ idée du débat sur la transition énergétique a émergé en France. La conférence environnementale des 14 et 15 septembre 2012 a permis de définir l’ organisation du débat, les questions qui seraient à l’ordre du jour ainsi que le calendrier,et de lancer officiellement le débat sur la transition énergétique.

Un an plus tard, la situation semble bloquée et les ONG déchantent : la faiblesse des moyens mis en œuvre par le gouvernement creuse l’écart entre les ambitions initiales et la réalité de ce projet de transition énergétique. Bien que l’ année 2013 ait été décrétée « année de la transition énergétique » par le Président François Hollande, de nombreux travers dans le processus décisionnel et opérationnel sont à souligner.

La faible ampleur des moyens dénoncée par les ONG

Pour les ONG environnementales et les associations, les moyens mis à disposition par l’ État pour atteindre les objectifs fixés concernant la transition énergétique sont insuffisants.
Fait emblématique du désenchantement des ONG, l’ organisation GreenPeace France a officiellement quitté la table des négociations en novembre dernier. Son directeur, Jean-François Julliard, dénonce aujourd’hui le peu d’ ajustements à la marge proposés par le gouvernement, ne correspondant pas aux objectifs initiaux affichés lors des premières discussions sur la transition énergétique.

Au delà du peu de moyens mobilisés, Jean-François Julliard critique le changement de position de la Ministre de l’ Écologie, du Développement durable et de l’ Énergie, Madame Delphine Batho. Pour le directeur de GreenPeace France, la Ministre glisse progressivement vers un discours prônant la nécessité de continuer à utiliser l’ énergie nucléaire… ce qui entre en contradiction avec l’ ambition même de la transition énergétique : adopter des stratégies énergétiques « propres » grâce aux énergies renouvelables. Monsieur Jean-François Juliard critique ainsi le caractère inenvisageable de « ce double discours », tout comme les autres ONG environnementales, qui ont réclamé une clarification de la politique gouvernementale dans une lettre ouverte au Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, publiée dans Mediapart la semaine dernière.

De plus, les ONG et associations de protection de l’environnement dénoncent fermement certaines décisions prises parle gouvernement et qui vont à l’encontre des objectifs affichés par le processus de transition énergétique. Ainsi, la Banque Publique d’ Investissement, qualifiée de « Banque de la transition écologique » par François Hollande, continue à soutenir la filière du nucléaire, et de son côté, le gouvernement ne cesse de promouvoir le nucléaire comme « une filière d’avenir » lors des déplacements de ses ministres à l’ étranger.

Malgré la démission de certaines ONG de la table ronde des négociations, le débat, même s’ il a pris du retard, se poursuit, jusqu’en juillet 2013, date à laquelle un travail de synthèse du débat sera effectué et des recommandations formulées. En automne 2013, un projet de loi sur la transition énergétique est censé être déposé par le gouvernement au Parlement.
Certaines mesures, mêmes si jugées insuffisantes par les associations, ont déjà été mises en place : relance des filières éoliennes et solaires, nouveaux appels d’offres dans le secteur de l’énergie…

Le faible impact dans l’opinion publique

Par ailleurs, les associations environnementales et les acteurs au cœur du débat dénoncent les faibles répercussions de ce dernier dans la sphère publique.
En effet, à titre d’ exemple, peu de Français sont au courant de l’ existence même d’un site web spécifique au débat sur la transition énergétique, mis à disposition par le gouvernement (http://www.transition-energetique.gouv.fr/) pour que chaque citoyen puisse se renseigner et participer au débat. De plus, un sondage IPSOS réalisé en janvier 2013 a montré que seulement un Français sur cinq était au courant de la tenue d’un débat public sur la transition énergétique.
Ainsi, de mars à juin 2013, une phase de participation et de concertation des acteurs et du grand public est prévue, avec des débats qui se tiendront dans les régions… Et pourtant, seulement une minorité au sein de l’opinion publique semble à la fois avoir été informée et concernée par la tenue de ce débat.

Les recommandations des ONG et des associations de protection de l’ environnement

Qu’ elles participent au débat officiel ou non, les ONG et les associations de protection de l’ environnement continuent de faire parler de la transition énergétique, et ont formulé ensemble quatorze mesures phares relatives à la transition énergétique.
Parmi les quatorze propositions des ONG et associations (toutes disponibles en détail sur le site prévu à cet effet : http://transitionenergetique.org/), on retrouve la volonté de construire des bâtiments moins gourmands en énergie, de mettre fin au gaspillage de l’ électricité, éradiquer la précarité énergétique, programmer la fin du nucléaire, soutenir les énergies renouvelables, rétablir une mobilité rééquilibrée et durable, supprimer progressivement les modes de chauffage polluants et/ou inefficaces, sortir du mirage des énergies fossiles non-conventionnelles, replacer l’ agriculture au cœur de la transition énergétique, mieux répartir les compétences entre État et collectivités pour la mise en œuvre de la gouvernance énergétique, soutenir les projets citoyens d’ économie d’énergie et d’ efficacité énergétique, financer de manière conséquente la transition énergétique, permettre la formation et la reconversion professionnelle des salariés qui travaillent dans des secteurs susceptibles de perdre des emplois, ou encore mettre en place une fiscalité juste au service de la transition énergétique.

L’ heure est à la solidarité entre associations, qui font entendre leur voix et tirent le signal d’alarme quant aux dérives actuelles et à venir relatives au débat. Espérons que leurs alertes seront entendues, à la fois par le gouvernement et la société civile, puisque des changements énergétiques de cette ampleur ne peuvent vraisemblablement pas être réalisés sans un consentement et une participation massifs.

Marc Barlot, fondateur de Eco2energie

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