La valorisation de la recherche publique passe-t-elle par des projets entrepreneuriaux ?


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Fort de sa réputation nationale et internationale, le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) fait partie du Top 10 des organismes publics de recherche dans le monde avec pas moins de 4500 brevets et plus de 1000 entreprises innovantes créées depuis 1999. L’excellence de la recherche française se transmettrait-elle donc au travers de projets entrepreneuriaux ?


Les Mardis de l’Innovation sont une série de conférences-débats proposées par l’Institut Européen de Stratégies Créatives et d’Innovation et présentés par le professeur Marc Giget. Leur but est de « diffuser la culture de l’innovation sous toutes ses formes ». Les rencontres sont ouvertes à tous et gratuites. Elles sont centrées sur plusieurs thématiques, parmi lesquelles :

  • Théories et concepts clefs de l’innovationPr Marc Giget
  • Présentation des « meilleures » méthodes d’innovation et benchmarking
  • Etude de l’innovation dans les secteurs en redéfinition rapide
  • L’innovation dans l’histoire et dans le reste du monde

Nous avons assisté à plusieurs conférences organisées au siège du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), au 3 Rue Michel-Ange à Paris. Celles-ci traitaient de la problématique du transfert de technologies issues de la recherche fondamentale publique vers des structures privées, qui sont à la fois des start-ups, des PME et des grands groupes.

Le but de ces transferts est de valoriser de manière économique le résultat d’années de recherche et de promouvoir l’excellence de la recherche française, menée dans des laboratoires publics comme ceux du CNRS et de l’ESPCI-Paristech (Ecole Supérieure de Physique Chimie).

Excellence et rayonnement international du CNRS

Le CNRS est un organisme public de recherche placé sous la tutelle du Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.  Il est le principal organisme de recherche à caractère pluridisciplinaire en France avec des travaux menés dans l’ensemble des domaines scientifiques, technologiques et sociétaux.

Il est constitué de 1025 unités de recherche réparties sur le territoire national dont 95% travaillent en partenariat avec des établissements d’enseignement supérieur et de recherche et d’autres organismes nationaux et internationaux. Les travaux menés par ces chercheurs se concrétisent par 35 500 publications par an en moyenne dont 55% co-signées avec au moins un laboratoire étranger. Avec 20 lauréats du prix Nobel et 12 de la Médaille Fields, le CNRS a une longue tradition d’excellence.

En 2009, c’est le premier organisme européen à rentrer dans le top 10 des organismes publics de recherche dans le monde, en termes de brevets déposés aux États-Unis. Il est au premier rang des institutions publiques pour le dépôt de brevets en France avec environ 4 535 familles de brevets. Le CNRS compte également :

  • 1500 licences actives
  • 1026 entreprises innovantes créées depuis 1999

Cellule de valorisation du CNRS

Les chiffres précédents montrent bien la volonté du centre de valoriser ses innovations. C’est dans cette optique que la société France Innovation Scientifique et Transfert SA (FIST SA) s’est créée en 1992. C’est aujourd’hui une filiale du CNRS à 70% et de BPI France à 30%. Elle a pour mission le transfert vers l’industrie de technologies innovantes, principalement pour le compte du CNRS.

Le champ d’action de FIST SA va de la réception des projets à la concession de contrats d’exploitation, en passant par le conseil en stratégie de Propriété Intellectuelle, la participation au dépôt des demandes de brevet, la recherche de partenaires industriels, la négociation et la rédaction de contrats d’exploitation. Elle intervient également dans la gestion de portefeuilles de brevets.

Son activité pour le compte du CNRS consiste à :

  • Gérer environ 2200 familles de brevets
  • Négocier entre 80 et 100 contrats d’exploitation par an depuis 2010
  • Assurer le suivi de 1300 contrats d’exploitation

De nombreuses start-ups ont vu le jour grâce à un processus de transfert technologique. Celui-ci est encadré par un cadre juridique qui vise à préserver les droits de propriété intellectuelle des détenteurs de la technologie tout en permettant la cession et l’octroi de licence à des porteurs de projets.

Immupharma : de la recherche au Lupuzor

Dr Sylviane Muller

Tout a commencé à Strasbourg, à l’Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire (IBMC) du CNRS , au sein de l’équipe « Autoimmunité et immunomodulation » dirigée par le Docteur Sylviane Muller, dont l’objectif est de comprendre les fondements moléculaires et cellulaires des réponses auto-immunes inflammatoires afin d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. L’équipe s’intéresse tout particulièrement aux pathologies systémiques comme le lupus.

luspus érythémateux disséminé

Le lupus érythémateux disséminé est une maladie auto-immune qui attaque  principalement le tissu conjonctif du corps, présent dans tout l’organisme : peau, yeux,tendons, muscles, organes, etc. Des anticorps spécifiques de « molécules du soi » (molécules reconnues par son système immunitaire) sont produits par le système immunitaire de l’individu malade. Cette maladie touche environ 50 000 personnes en France, qui ne sont traitées aujourd’hui que par des corticoïdes et des immunosuppresseurs. En effet, il n’existe pas pour le moment de traitement spécifique à cette maladie.

En 1954, le taux de survie à 4 ans était de 50%, contre 97% en 2014. Cependant, le taux de survie à 10 ans n’est que de 85% à cause des effets secondaires du traitement. Il est donc nécessaire de changer l’approche thérapeutique pour trouver de nouveaux traitements.

Pour ce faire, les stratégies de l’équipe du Dr Muller s’appuient sur des peptides et de petites molécules et ciblent des gènes anormalement exprimés, les voies de survie de cellules déviantes et les complexes cytokines-récepteurs. Les peptides ont en effet différents atouts :

  • Simplicité de production
  • Pureté
  • Biodisponibilité
  • Stabilité
  • Faible coût
  • Prédictibilité

À l’issue des recherches du laboratoire, le peptide 140 (P140) s’est révélé être un candidat à fort potentiel pour le traitement du lupus. C’est grâce à cette technologie que la société ImmuPharma est fondée en 2000 à Mulhouse.

CNRS Mardis de l'innovation

Pour voir la présentation d’Immupharma : https://vimeo.com/144662716

Institut Langevin : de la physique à la création d’entreprise

Dr Mathias Fink

L’institut Langevin « Ondes et Images » est né en 2009 de la fusion de deuxlaboratoires de l’ESPCI (Ecole Supérieure de Physique-Chimie)-ParisTech : le laboratoire « Ondes et Acoustique », dirigé par le Dr Mathias Fink, et le laboratoire d’Optique Physique dirigé par le Dr Claude Boccara.

 

Cette Unité Mixte de Recherche (UMR) du CNRS allie recherche fondamentale de haut niveau, recherche appliquée et création d’entreprises pour « porter au meilleur niveau mondial la physique des ondes et ses applications ». L’institut Langevin a obtenu en 2011 le label « Labex » (laboratoire d’excellence) pour son projet WIFI (Waves and Imaging : From Fundamentals to Innovation).

L’objectif de ses membres est de « comprendre les mécanismes de propagation des différents types d’ondes dans les milieux les plus complexes et de tirer parti de cette meilleure compréhension pour concevoir des instruments originaux ». Plusieurs de ces instruments reposent sur le concept de « Miroir à Retournement Temporel ». Les chercheurs de l’Institut mènent également des recherches dans les domaines de l’imagerie multi-ondes (élastographie, imagerie acousto-optique et photo-élastique, techniques ultrasons/laser), de la nanophotonique (microscopie en champ proche dans l’infrarouge et le TeraHertz, nano-antenne optique, plasmonique). Ces instruments ont des applications en médecine (imagerie et thérapie), en géophysique ainsi qu’en télécommunication.

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Le nombre d’entreprises issues du laboratoire et leurs réussites sont une preuve de la pertinence de ce choix de fonctionnement. Nous vous proposons ici un petit historique des principaux exemples :

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Pour voir la présentation de Mathias Fink : https://vimeo.com/144660699

Conclusion : L’entrepreneuriat comme axe possible de valorisation de la recherche publique

Comme le CNRS l’a très bien compris, la valorisation de la recherche publique doit notamment passer par des projets entrepreneuriaux, tout simplement parce que ces derniers sont un des axes qui permettent de donner un sens à la recherche. Tout l’enjeu est finalement de trouver l’équilibre entre tous les acteurs impliqués dans ces projets afin d’assurer un juste retour sur investissement.

L’enjeu principal est donc de faciliter des transferts de technologie équitables vers des structures qui sont issues des laboratoires, afin de participer à leur réussite. Leurs succès rayonneront sur les laboratoires du CNRS, leurs échecs les inciteront à repenser une façon de valoriser la découverte scientifique en explorant de nouvelles approches.

Pour aller plus loin…
  • Présentation de FIST SA par son Directeur : https://vimeo.com/144658075
  • Présentation d’ImmuPharma par son Directeur : https://vimeo.com/144661467

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Thomas Moores Julien Simon

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